‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 3 sur 251 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

très magnifique... Et de quoi meurt ce pauvre Sika?

LA COMTESSE

Hum ! c'est assez délicat à dire...

LE DUC

Je comprends. De mille et une nuits passées autrement qu'à entendre conter des histoires, n'est-ce

pas'. (La comtesse sourit avec un léger geste d'affirmation.) Je le

répète... c'est une perte sérieuse que le prince. Je l'ai connu à Ems, où il faisait prendre les eaux à son cheval Matamore, qui avait gagné une bronchite à la suite d'une course au clocher... Ah ! ces grandes traditions-là s'en vont tous les jours.

LA COMTESSE

Duc, n'êtes-vous pas toujours là pour les maintenir?

LE DUC

Vous raillez, comtesse, et si je comprends bien ce joli sourire, vous vous demandez, en ce moment, pourquoi le duc de Falkenberg, qui porte un des plus grands noms de la Bohême, se contente d'être le plus fin duelliste, le plus solide buveur et le plus affreux mauvais sujet de toute l'Allemagne ?

J'aurais pu me poser cette question indiscrète du temps que vous me faisiez la cour, mon cher duc ; mais aujourd'hui...

le duc.

Aujourd'hui que votre rigueur envers moi vous a valu mon estime... je suis bizarre, vous savez... aujourd'hui seulement je vous jugerais digne de la confidence.

LA COMTESSE

Et si ma curiosité de femme vous la demandait, que pourriez-vous lui répondre ?

LE DUC

Hélas ! rien que des mauvaises raisons. A peine ai-je l'excuse de la rude et farouche éducation que mon père m'avait donnéejlorsquc, après s'êlrecrevé les poumons à sonner de la trompe par les forêts, il me laissa seul, à dix-sept ans, avec le poids d'un grand nom et d'une fortune de plusieurs millions de florins. Cette éducation m'eût seulement rendu capable de déchiffrer les plus vieux blasons, de monter les étalons à cru et de boulonner un maître d'armes, si je ne l'avais complétée, pendant les

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