ACTE II, SCÈNE IX
Et j'en ai le droit, par le ciel ! car il y a eu un crime commis. Encore une fois, je vous adjure de répondre comme si vous étiez au dernier jugement. Connaissez-vous la source de cette opulence dont vous jouissez et dont ils ont osé dire que je voulais m'emparer en rendant publiques nos relations?
LA COMTESSE
Karl, vous m'épouvantez !... Est-ce que je peux vous dire, moi?... Le comte n'a-t-il pu rendre au l'eu roi quelque service politique?...
KARL
Ah ! n'en dites pas plus ! je ne devine que trop la vérité... Aussi bien, vous ne savez pas mentir, et je lis dans vos yeux que vous connaissez l'ignoble secret! Mathilde, Mathilde, cet or qui vous permet de vivre dans le luxe et dans les fêtes, cet or que vous vouliez me faire partager, c'est le même que celui qui, il y a dix-huit cents ans, a fait mettre Jésus en croix ! C'est le payement du crime le plus hideux et le plus infâme de tous; c'est le salaire d'une trahison.
LA COMTESSE
C'est faux !
K ARL.
D'une trahison! Ah ! il est inutile de vous parjurer. J'ai en main toutes les preuves de ce que j'avance, — toutes ! Vous ne savez peut-être pas bien à quel prix vous menez une vie exquise et délicate, à quel prix vous courez aux bals de la cour, au galop de votre calèche, toute parfumée sousvos fourrures etles cheveux semés de diamants. Eh bien, il a fallu pour cela que plus de cent familles allassent pleurer en exil, que cinq personnes illustres, un noble vieillard et quatre vaillants jeunes hommes, montassent sur un échafaud ! Cette merveilleuse perle noire que vous faites admirer sur la blancheur de votre cou, votre misérable époux l'a sans doute troquée contre la tête du vieux duc de Sparzau, que le bourreau, pour la montrer au peuple, a prise par ses cheveux blancs ! Et elle soupçonnait tout cela ! et elle a consenti à vivre avec ce meurtrier gorgé d'or ! Et quand la mort en a eu fait justice, elle a continué à jouir de cette fortune ramassée dans le sang et dans la boue! Ah! tenez! apprendre cela d'une femme qu'on a aimée, c'est à devenir fou ! car j'ai été votre amant, moi, et tandis que je m'enivrais dans vos bras, il y avait cette chose entre nous. Cette oreille, où je murmurais des pa-