‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 45 sur 251 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

rôles de tendresse, elle avait peut-être reçu l'épouvantable confidence; ce front, que je couvrais de baisers, il contenait cette pensée monstrueuse!

LA COMTESSE

Karl ! . . . au nom de notre amour. . .

KARL

Vous voulez que j'y croie encore, après vous avoir vu rire et danser avec ce crime dans le cœur? Ah ! vous pouvez pleurer et vous cacher la tête dans vos mains. Il est trop tard, et nous sommes bien décidément perdus! car vous ne savez pas tout : le dossier où j'ai l'ait cette découverte a été confié à ma loyauté par notre jeune prince, pour que je lui livrasse les noms de ceux qui ont accepté les indignes laveurs du roi, son oncle. Et mon devoir, mon strict devoir, — entendez-vous bien? — est d'aller lui dire de ce pas la trahison du comte Zéno et l'infamie de votre fortune. ..

Ah!

KARL

Et cela, je dois le faire quand vous voilà compromise, quand notre union pouvait seule sauver

votre honneur. Oh ! maudit soit le jour où j'ai voulu sortir de mon néant! Voilà l'alternative où j'en suis réduit maintenant : ou mentir à mon souverain comme un traître, ou abandonner une femme comme un lâche.

LA COMTESSE

Karl! par pitié! Karl! écoutez-moi. Vous ne pouvez pourtant pas me condamner sans m'entendre. Je ne suis pas si coupable. . . les femmes sont faibles, vous savez. Quand j'ai épouséle comte Zéno, il était encore un loyal gentilhomme. Est-ce que je pouvais prévoir, moi?... Et si, plus tard, je me suis doutée de son crime, — car je ne savais pas, je n'étais pas sûre... oh! je vous le jure sur mon salut éternel, je n'étais pas sûre... eh bien, devais-je alors, par une séparation dont il eût fallu dire la cause, par un scandale, perdre celui qui m'avait donné son grand nom, à moi, fille pauvre et sans fortune; celui qui m'avait aimée, après tout, qui était mon mari et mon bienfaiteur ? Non ! je ne le pouvais pas. Vous devez comprendre cela, vous qui êtes généreux! car vous l'êtes, je le sais bien, et vous n'irez pas livrer ce secret au roi... (Mouvement de Karl.) Non! tu ne feras pas cela, n'est-ce pas? — Oui , ton devoir de ministre... ces hommes sont inflexibles avec leurs

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