ACTE II, SCENE IX
devoirs! Mais n'as-tu pas aussi celui de me sauver? et, si tu parlais, je serais perdue. Non, Karl, c'est impossible que je sois frappée par toi ! Tu le disais toi-même tout à l'heure : c'est lâche de perdre une femme. Et puis, tu ne peux pas avoir oublié le passé, mon bieu-aimé; tu dois encore te souvenir que celle qui pleure sur ta main et qui te supplie, c'est une femme qui a tout fait pour toi, c'est une femme qui t'a donné toute sa vie, et, ce qui est plus précieux que la vie, qui l'a sacrifié son honneur ; que c'est la femme qui t'aime enfin, et que tu aimes î
KARL, après un silence.
Eh bien, j'ai une idée, et nous allons voir tout à l'heure, Mathilde, si, après ce que je sais maintenant, je puis croire encore à vos serments.
Il sonne, puis va prendre dans un tiroir de sa table de travail un pli cacheté.
MATHILDE, à part.
Que va-t-il faire ?
Un domestique parait.
KARL
Cette lettre à Sa Majesté... sur-le-champ. (Le domestique prend le pli et sort.) Mathilde, je 11C Sllis plus
ministre. Je viens d'envoyer au roi ma démission,
que je tenais prête à tout événement. Vous, vous allez vous défaire de tout ce que vous tenez de votre mari... Il y a pour cela des œuvres de charité, des couvents, des hôpitaux. Vous deviez votre influence au nom du comte Zéno; je devais une partie de ma position à cette influence. Je me suis dépouillé de ma position comme vous le ferez à votre tour de cet or, qui a coûté tant de sang et tant de larmes,, puis j'irai me jeter aux pieds du jeune roi, le suppliant de tenir secrets les motifs de ma retraite du ministère et de votre départ de la cour. Je connais son cœur, il me comprendra. Et alors, si vous m'aimez réellement, Mathilde, nous recommencerons la vie ensemble, pauvrement, courageusement, mais sans honte et sans remords.
MATHILDE
Gomment! je devrais abandonner... toute ma fortune?
KARL
Toute ! Il n'y a pas un écu dans votre trésor ni un bijou dans vos écrins qui ne soit à jamais souillé.
MATHILDE
Vous renonceriez au pouvoir?