ACTE III, SCÈNE VI
M É T A , vivement.
Ah ! vous m'aviez pourtant dit que vous ne veniez pas en rivale !...
Silence.
LA COMTESSE
Voyons, voyons, ne vous emportez pas ! Je vous jure encore que je n'ai qu'une pensée : son bonheur. Oh ! je sais bien que je vous fais mal, pauvre enfant... mais... réfléchissez. Vous voulez retenir Kari dans sa vie présente, et vous venez de convenir qu'il en souffre. Est-ce raisonnable? Karl est un grand et noble esprit qui se doit à son œuvre. Voulez-vous toujours le voir languir dans cette atmosphère où il étouffe? Prenez garde ! Plus tard, quel remords ne serait-ce pas pour vous de l'entendre vous reprocher ce que ce généreux cœur nommerait sa lâcheté, et ce que vous, femme au désespoir, vous seriez forcée d'appeler votre égoïsme?
META
Assez ! assez ! de grâce, assez ! vous me torturez cruellement. Si vous croyez tout cela, pourquoi n'allez-vous pas trouver Karl? Pourquoi ne pas lui offrir à lui-même toutes ces grandeurs maudites?
LA COMTESSE
Mais, parce qu'il refuserait à présent- Parce que,
dans une heure d'entraînement et de reconnaissance, il a lié sa vie à la vôtre. Parce que ce n'est plus de lui, mais de vous qu'il dépend aujourd'hui. Parce que vous seule, enfin, pouvez lui rendre sa liberté.
Sa liberté ! ah ! je comprends. Vous le voulez libre, mais c'est pour le reprendre.
LA COMTESSE
Vous êtes injuste, Meta. Si je n'avais voulu que vous reprendre un amant, serais-je d'abord venue à vous? Ne pouvais-jepasm'adresser à Karl, lui rappeler les serments qu'il ne peut avoir tout à fait oubliés? Non! Meta, je vous ai crue plus généreuse. Etouffant tout sentiment d'orgueil et de dépit, je suis venue vers vous, la préférée, pour vous dire ce que je pouvais rendre à Karl et pour vous prier de m'aidera le faire consentir. Je lui apporte un sort magnifique, sans rien exiger en retour; et vous, dans votre amour aveugle, alléguant de vaines craintes que votre ignorance de la vie ne vous permet pas môme de formuler, vous refusez tout pour lui. Laquelle de nous deux aime le mieux? Je vous en fais juge.