‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 67 sur 251 · ACTE III, SCÈNE VI. lii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. lii

META

Ah! pas cela! Dites-moi que jetais obstacle à son bonheur, qu'il faut que je me sacrifie ; mais ne dites pas que vous l'aimez plus que moi !

LA COMTESSE

Meta!...

META

Eh ! n'ai-je pas deviné ce que vous voulez? Toutes ces terribles questions que vous me posez, croyezvous qu'elles ne se soient pas dressées devant moi bien souvent, pendant mes nuits sans sommeil?... Le perdre!... le perdre !... Dieu!... ah ! j'ai bien souffert à cette pensée; mais je ne me doutais pas que ce malheur arrivait, qu'il était là, tout proche. Le perdre ! je me l'étais pourtant dit bien des fois, que son passé le ressaisirait tôt ou tard, ce passé que j'ignore, mais que je hais et qui me fait trembler pour lui; ce passé que je retrouve là, dans vos yeux, à vous, madame, que je ne connais pas, mais que j'attendais ! Qu'est-ce que vous m'avez dit ?. . Il serait malheureux... et malheureux par moi; et cet amour, qui est l'unique raison de ma vie, je ne puis le lui bien prouver qu'en y renonçant? Car je vous ai comprise, allez ! Si simple et si ignorante

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que je vous semble, je sais bien que je ne puis pas le suivre dans la carrière brillante où vous voulez l'entraîner; et d'ailleurs, madame, je soupçonne trop le prix dont vous lui ferez payer toutes ces faveurs nouvelles. Le quitter? le perdre? Mon Dieu ! c'est donc impossible de faire le bonheur d'un homme à force de l'aimer?... Et il était là, tout à l'heure... il me parlait avec douceur... il me tenait les mains... Ah! c'est trop affreux. Je ne pourrai jamais ! Je ne peux pas !

LA COMTESSE

Pauvre, pauvre enfant! je sais que je vous brise le cœur. Ces tortures de la séparation devant lesquelles vous reculez, je les ai subies, Meta, et je vous plains. Mais songez à la grandeur du sacrifice! Songez qu'en renonçant à l'amour de Karl... dont vous doutez, car vous l'avez dit, vous en doutez... vous rendez votre amant à son génie; dites-vous que par votre dévouement, à vous, humble fille du peuple, vous aurez l'orgueil de vous dire, en le voyant s'élever dans la gloire : C'est mon œuvre !

META

Enfin!... ah! que vous m'avez fait mal !... si je

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