‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 69 sur 251 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

fait douter de l'amour de Karl ; vous avez tué en moi la seule espérance qui y vécût: celle de le rendre heureux. Je ne suis plus capable de vous écouter... Les sanglots me montent à la gorge... j'étouffe... et je ne peux plus... Ah! mon Dieu! mon Dieu !

Elle fond en larmes.

LE DUC, bas à la comtesse.

Comtesse, savez-vous que cette enfant va faire une action sublime?

LA COMTESSE, de même.

Eh!... je l'admire autant que je la déteste. Elle J'aime mieux que moi ! . . .

LE DUC

Savez-vous que cette jeune fille vient d'ébranler •toutes les convictions de ma vie?

Où voulez-vous en venir?... Je ne l'ai pas trompée... je ne me suis adressée qu'à son cœur... Prendriez-vous son parti contre moi '!

LE DUC

-Si peu que je vais vous aider encore, en la sou-

mettant à une épreuve suprême. C'est le démon qui m'inspire ; mais, si elle résiste à la tentation, alors. . . ah ! alors... je croirai qu'il y a des anges.

LA COMTESSE, à part.

Que va-t-il faire ?

LE DUC, qui s'est approché de Meta accablée. Meta ! (La jeune fille relève la tète et le regarde.) Mêla, je

sais que vous vous défiez de moi, mais je vais vous faire une proposition qui vous révélera mes véritables sentiments pour vous. Je vous aime, Meta!

(Geste de surprise effrayée de la jeune fille.) Je VOUS aime depuis

longtemps, et c'est cette passion que je cachais sous ma constante ironie. Consentez à devenir ma femme. Un nom illustre et des millions sont un prix trop faible, je le sais, pour payer même votre pitié. Mais Karl se croira délié de tout engagement envers la duchesse de Falkenberç. S'il vous maudit d'abord, peut-être, il vous aura vite oubliée dans ses nouvelles grandeurs ; et, quant à moi, je ne serai pour vous qu'un ami respectueux de votre douleur, et qui, si vous le voulez bien seulement, tentera, à force de tendresse et de patience, de vous devenir à la longue moins indifférent.

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