‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 91 sur 251 · ACTE I, SCcNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCcNE III

Et bientôt, héritier de la race virile Dont vous êtes le chef, je naquis, suscité Pour l'œuvre de vengeance et pour la liberté. Le peuple l'a compris; c'est en moi qu'il espère, Mais en se souvenant des vertus de mon père. Comme il croyait en vous, il me donne sa foi, Et s'il m'aime, c'est vous encor qu'il aime en moi. Au bras de votre enfant, montrez-vous dansla ville; Le peuple, tressaillant sous le haillon servile, Comprendra ce qu'au jour de la rébellion Vaudra le lionceau, rien qu'à voir le lion.

GIAN-B-ATTISTA.

Merci, mon Severo, merci!, Tu me consoles De mon profond chagrin par ces bonnes paroles. Excuse le vieillard, aux morts presque pareil. Pour moi, la servitude obscurcit le soleil ; Pour moi, l'air qu'un tyran respire est délétère. Laisse-moi regagner ma prison volontaire. Loin du spectacle affreux de mon pays en deuil, J'y vivrai, désormais, jusqu'au jour du cercueil, Près de ta sainte mère, en relisant Tacite; Et si j'en sors jamais, comme un mort ressuscite, — Quel espoir! — ce sera le jour où mon enfant, Mon Severo, mon fils, en vengeur triomphant,

Viendra, parmi les cris où la victoire vibre, M'embrasser sur le seuil, suivi d'un peuple libre!

Il gravit les marches de son palais et frappe à la porte avec le marteau : un serviteur la lui ouvre.

0 soleil ! je te fais mes adieux aujourd'hui.

Il fait à son fils un dernier signe affectueux.

Au revoir.

SEVERO, seul.

Pauvre père! Allons prier pour lui.

Il entre dans la petite église.

Page 1