ACTE I, SCÈNE IV
BARNABO.
Eh! Sandrino!
Geste de surprise de Sandrino.
C'est bien à toi que nous parlons...
Bel enfant, nous voulons te mieux connaître... Approche. Sais-tu que nous venons t'adresser un reproche, Ma belle amie et moi? Ne nous a-t-on pas dit Qu'en cette horrible ville, en ce pays maudit, Gomme pousse une rose à l'ombre d'un mur triste, Fleurissait un tout jeune et très charmant artiste, Qui travaille à ravir l'or et l'argent et qui, Gomme Donatello, comme Brunelleschi, Fait avec les métaux ce qui le plus nous charme : Un bijou pour la femme, et pour le noble une arme? Et ce bon ouvrier nous était inconnu ; Et tu ne venais pas à moi? Je suis venu. Tu vois, je viens, avec la beauté pour cortège. Un Florentin trouve un artiste; il le protège. Ces lourdauds de Pisans n'attachent aucun prix Aux choses d'art. Bien sur, ils ne t'ont pas compris. C'est un peuple marchand, qui peine et qui trafique, Sans goût. Mais, moi, j'étais l'ami du Magnifique, Et je te paierai chertés bijoux précieux. Puis on dit que ta sœur a de fort jolis yeux...
Donc, laissant cet air sombre et celte main crispée. Montre-moi la fillette et me vends une épée.
SANDRINO.
Excellence, d'abord, je vous dis : Grand merci. Mais, depuis quelques jours, ma sœur n'est pas ici, Et tout ce que, chez moi, j'ai de bijouterie Est vendu... Mes regrets à votre Seigneurie.
RENZO, à part.
Brave enfant !
BARNABO.
Je n'aurais rien de toi, Sandrino?
Quoi ! pour ma Portia, pas un petit anneau? Pour moi, pas un poignard à pendre à ma ceinture? C'est un fâcheux hasard, une étrange aventure. Voici bien des objets...
SANDRINO.
Seigneur, tout est vendu.
BARNABO.
Assez, drôle insolent! Ya! j'ai bien entendu. On me l'avait bien dit. . . Il ne sort de ta forge Que couteaux destinés à me couper la gorge. Ah! tu m'oses braver. Sache, petit serpent,