SCÈNE II
LA COMTESSE
Cet éternel ennui! Voilà, j'en sais la cause. Il faut que dès demain je fasse quelque chose.
RAYMOND
Bien! c'est dit, revenez, je vous apprends mon art.
LA COMTESSE
Oh ! pas cela. D'ailleurs, je crois qu'il est trop tard. Allons! mon cher Raymond, s'il vous plaît, une idée, Une inspiration! car je suis décidée, Tout à lait, à sortir de mon cercle mesquin.
RAYMOND, après un moment de silence.
Soit! vous allez penser que je suis un taquin, Mais tant pis! car je crois que mon idée est bonne.
LA COMTESSE
Parlez vite, bien vite.
RAYMOND
Eh bien! cette personne...
Qui demeure à Montmartre... Oui, cette Adèle...
LA COMTESSE
Madame, vous prenez demain deux louis d'or;
Encor !
Vous vous faites mener, toute en noir et voilée, A cette adresse. Au bout d'une très sombre allée, Vous trouvez l'escalier. Suivez la corde à puits, Montez, montez toujours, jusqu'au cinquième...
LA COMTESSE
Et puis'
RAYMOND
Attendez !... Ce n'est pas bien gai, je dois vous dire : Vos beaux yeux vont un peu pleurer, un peu sourire. Celle qui m'a valu vos propos médisants, C'est là qu'elle demeure. Elle n'a pas seize ans, Et c'est une orpheline, avec son petit frère. Ils sont dans ce grenier et dans cette misère. Elle pose pour vivre, et vit mal : le rapin Est pauvre. Ces enfants souvent manquent de pain. L'autre soir, quand je fus chez eux, il gelait ferme. Allez les voir, car c'est bientôt le jour du terme. Visitez le taudis, embrassez le gamin, Consolez la petite en lui prenant la main. Et laissez, au départ, l'or sur la cheminée. Faites! Vous n'aurez pas perdu votre journée.
LA COMTESSE, émue.
Vous êtes le plus noble et le meilleur garçon... Car je vous ai compris, et c'est une leçon