SCÈNE II
Que vous m'avez donnée avec tant d'indulgence. Et moi qui vous raillais !
C'est toute ma vengeance.
Ainsi, vous irez voir ces malheureux?
LA COMTESSE
Bien sûr, Et — regardez — je prends l'adresse sur le mur.
RAYMOND, à part.
Ah, çà! quel dénoûment est-ce que je m'apprête? Il est terriblement moral, le tête-à-tête! Je me lance, je vais, et tout naïvement...
LA COMTESSE, qui a copié l'adresse sur son calepin.
Mon ami, serrons-nous la main loyalement.
RAYMOND, voulant lui baiser la main.
Tant pis! je romps le pacte, et mes lèvres...
LA COMTESSE
De grâce, Ne me faites pas peur; reprenez votre place A votre chevalet.
RAYMOND
Elle est à vos genoux.
LA COMTESSE, l'arrêtant d'un geste.
Non!
Elle prend un album sur un guéridon.
Je vais feuilleter cet album... Voulez-vous?
RAYMOND, avec dépit.
Oh! timide!...
LA COMTESSE, à part, feuilletant l'album.
Voyons! Ce que je fais se nomme Une faute. Le comte est un vrai gentilhomme; Il m'a donné son nom, il est parfait pour moi. Puis voici que j'éprouve un tout nouvel émoi! Cela trouble, d'entendre, en pareille aventure. Ces mots : la charité, le travail, la nature. — Ce que je fais est mal. Mon caprice léger, Pour ce loyal jeune homme est encore un danger. Qui sait s'il n'est pas pris par mes coquetteries?
RAYMOND
Vous rêvez?
LA COMTESSE
Non! Je'vois vos paysanneries.
C'est plein d'esprit. Voilà le charme campagnard : Cette vieille en sabots qui plume son canard... Quel naturel ! Elle est superbe, la commère!