SCENE II. Q2'J
RAYMOND, s'approchant.
Laquelle donc? Ah! oui, celle-là... c'est ma mère.
LA COMTESSE
Maudite soit ma langue, et mon esprit moqueur! Je ne puis dire un mot sans vous blesser au cœur.
RAYMOND
Pourquoi? La bonne vieille en eût ri la première.
Vous ne connaissez pas maman! C'est la fermière
Hospitalière et gaie; et les Parisiens,
Mes amis, quand ils vont chez elle, sont les siens.
Toujours elle travaille et chante dès l'aurore;
Quant à monsieur son fils, l'artiste, elle l'adore,
Et lorsque j'ai voulu, moi, petit paysan,
Faire de la peinture, elle m'a dit : « Fais-en ! »
Et c'est bien étonnant, allez! à la campagne.
Aussi, voilà déjà deux Salons où je gagne
La médaille, et je vais vite la lui porter.
Elle est si fière alors ! Elle court inviter
Le notaire, l'adjoint, tous les hommes de plume.
11 prend l'album.
La voilà! C'est pour eux le canard qu'elle plume.
Elle veut leur montrer son gars qu'elle éleva,
Son monsieur, son grand homme ! Oh ! bonne maman, va !
Il baise l'album avec un attendrissement brusque.
LA COMTESSE, secouant sa rêverie.
Oui, la famille! Encor!... Mais c'est là mon excuse.
RAYMOND, surpris.
Que dites-vous?
LA COMTESSE
Depuis un moment, je m'accuse.
RAYMOND
Et de quoi?
LA COMTESSE
Je me juge; et sans trop de rigueur.
Orpheline à dix ans, entrée au Sacré-Cœur, Cent mille écus de dot, mariée à merveille, Avec un vieux blason comtal dans la corbeille, Puis le luxe, Paris, et tout le tourbillon... Voilà!
RAYMOND
Mais...
LA COMTESSE
Mon ami, lorsqu'un beau papillon, A l'heure où vous flânez en fumant un cigare, Jusqu'en votre atelier par la vitre s'égare Et se pose un moment sur un vase de fleur.-. Vous admirez l'éclat de ses vives couleurs, Vous suivez le vol d'or et d'azur de votre hôte;