ACTE IV, SCÈNE IV
LOUVOIS
Permettez-moi de garder le silence, Sire, car je vais mettre en vos mains la balance Et vous allez peser un terrible attentat. Tout à l'heure, en traitant les affaires d'État, Que Votre Majesté, quoi que je dise et fasse, Observe la Marquise et la regarde en face, Et ne la perde pas un seul instant dos veux.
LE ROI
Ce langage, Marquis, est bien mystérieux.
Je suivrai ce conseil, pourtant, quoiqu'il m'en coûte.
— Faites donc.
Il va auprès de M"* de Maintenon et fait signe aux ministres de s'asseoir.
Travaillons, Messieurs ! Je vous écoute.
Tous prennent place, le Roi dans son fauteuil, à côté de la Marquise qui fait de la tapisserie les veut baissés, et LOuvois et les ministres à la table, à gauche. Nanon s'est retirée discrètement.
LOI" VOIS, tirant les dépêches des sacs et en ouvrant une.
De Hollande. — On signale à Votre Majesté
Que le grand stathouder fait l'hospitalité
Bien large aux protestants qui quittent le royaume.
LE ROI
Je connais le chemin qui mène chez Guillaume;
Je ne l'engage pas à trop s'occuper d'eux.
L OU VOIS, lisant une autre dépêche.
De Madrid. — Ah ! vraiment, sous ce roi Charles deux, L'Espagne offre un tableau de deuil et de tristesse; Ce Mœdina, qui met à l'encan la grandesse, C'est scandaleux.
MADAME DE MA1NTENON, à part.
Qu'ont-ils pu se dire tout bas?
LOUVOIS, lisant une nouvelle dépèche.
De Rome. — Le Saint-Père...
LE ROI, avec impatience.
Ah ! ne m'en parlez pas.
Si le Pape est de fer, le Roi sera de bronze. Je reste gallican.
LOUVOIS
Pourtant, Innocent onze, Dans un bref très récent, donne comme certain Son droit...
LE roi.
Il ne sait pas, m'a-t-on dit, le latin; Il cessera de nous en inonder, j'espère : Nous prendrons, s'il le faut, Avignon au Saint-Père. Je suis un assez bon catholique, je croi ;