‹ ThéâtreChapitre 7 sur 191 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Quelques femmes vous font leurs fausses confidence? En vous tenant les mains et leurs yeux dans vos yeux. Tout cela, mon ami, comme c'est ennuyeux ! D'un étrange souci je suis préoccupée : J'étais femme, et l'on m'a transformée en poupée; Je souris, je m'exprime en prose de roman, Comme un joujou bien fait qui dit: « Papa, maman ! i Mais je sens bien au fond que cela n'est pas vivre. Je suis captive et dors; je veux qu'on me délivre, Je veux qu'on me réveille, et son rêve charmant Commence à fatiguer la Belle au bois dormant. En un mot, je m'ennuie, et demande autre chose. — Or, je vous ai toujours trouvé simple et sans pose. J'aime vos mots d'enfant et votre air amical : Vous ne m'avez jamais dit un seul madrigal, Et — je n'écoute pas ce soupir hypocrite ! — Vous ne m'avez pas fait la cour : très grand mérite ! Maintenant, voulez-vous me laisser, s'il vous plaît, Vous surprendre parfois à votre chevalet? Là, nous bavarderons, vous, tenant la palette, Moi, libre d'arranger au miroir ma toilette Et de fouiller partout, sauf les meubles fermés, Sans que vous me disiez jamais que vous m'aimez.

RAYMOND, après un moment de réflexion.

Vous ne détestez pas ma franchise?

LA COMTESSE

Au contraire.

RAYMOND

Est-ce bien vrai?

LA COMTESSE

Bien vrai.

Donc, c'est pour vous distraire, Madame, et pour me faire un peu souffrir aussi, Pour cela seulement, que vous venez ici?

LA COMTESSE

Souffrir?

RAYMOND

Oui ! vous venez, charmante et cordiale, Offrir Yotre joli supplice de Tantale, Et vous voulez qu'on vous réponde : <r Avec plaisir ». Mais, si je consentais, je mourrais de désir! Mais vous- me croyez donc tout à fait insensible? Mais je vous aime !

LA COMTESSE

Adieu donc, beau rêve impossible, Fruit d'Eden, oiseau bleu, fleur trop rare, amitié ! Eh bien! cela révolte et cela fait pitié, Qu'un homme n'ait jamais assez de modestie,

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