SCENE II
Vous êtes une bonne et fine ménagère ;
Et le pauvre garçon, qui sait ce qu'il vous doit,
Bénit Dieu qui vous a conduite sous son toit!
VÉRONIQUE, à part.
Quand il me parle ainsi, comme mon cœur palpite !
L'ABBÉ, à Jean.
Et moi, j'aurai du moins amené la petite.
Elle paiera pour deux votre hospitalité ;
Car je sens durement mon inutilité,
Chers amis, et j'en souffre en mes nuits d'insomnie...
Bon à rien!... Je ne suis qu'un homme de génie!
Mon pauvre abbé !
L'ABBÉ
Pourtant mes dix-neuf manuscrits Sont là, qui, quelque jour, étonneront Paris; Et vous ne serez plus pauvres comme vous l'êtes : Je vous fais héritiers de mes œuvres complètes.
JEAN, servant l'abbé.
Bon! Mais en attendant ce résultat lointain, Mangeons dans la faïence et buvons dans l'étain, Puisque contentement, dit-on, passe richesse.
L'ABBÉ, à part.
Oh! les petits soupers, jadis, chez la duchesse!
VÉRONIQUE
Est-il vrai, monsieur Jean, que vous pourriez encor Être très riche un jour?
JEAN
Et comment?
Ce trésor?
•Ces diamants cachés, sous la Terreur?
JEAN, haussant les épaules.
Chimère !
L'ABBÉ
Je les ai vus jadis portés par votre mère ;
Ils valaient, j'en réponds, plus de cent mille écus.
JEAN
Donc ils ont été pris, soyez-en convaincus. Ces diamants, du reste, ont toute une légende Dans la famille; ils sont d'une valeur très grande, Et leur éclat fameux fit rêver autrefois Plus d'une honnête dame à la cour des Valois. Sur ces nobles bijoux dont j'ai perdu la trace,