SCENE II
À sa majorité, chaque aîné de ma race Toujours du duc sou père avait, dit-on, reçu Un secret important que je n'ai jamais su. Bref, ils seraient cachés ici... Toute une histoire! J'y crois peu; mais je crois fort à la bande noire, Je crois que pour les nids il est des oiseleurs, Et pour les diamants qu'on cache, des voleurs.
L'ABBÉ
Ce trésor? Si pourtant, un jour, on le découvre?
JEAN
Eh bien, donc! Je ferai reconstruire mon Louvre. Ma salle basse, ouverte, à cette heure, à tout vent, Sera fermée et chaude, ainsi qu'auparavant. Ainsi qu'auparavant, la vieille cheminée Sera d'un feu flambant et clair illuminée; Et, parles soirs d'hiver, je pourrai rêver seul Aux vertus d'autrefois, devant mon grand aïeul.
VÉRONIQUE
Et, bien sincèrement, ce manque de fortune Ne vous cause jamais de pensée importune?
JEAN
Non, car je me résigne, et c'est l'art d'être heureux., C'était bien différent, quand j'étais amoureux !
VÉRONIQUE, à part.
Ah! voilà si longtemps qu'il n'avait parlé d'elle!
JEAN, avec un peu d'amertume.
Irène des Aubiers, la fière demoiselle... Que devient-elle donc?
L'ABBÉ
Mais, encor quelquefois, Je la rencontre allant au galop par les bois. Elle a l'air à cheval d'une amazone scythe.
JEAN, se levant.
Oui, le vieux souvenir par moments ressuscite... Elle peut se vanter de m'avoir fait souffrir, Allez! J'étais fou d'elle, et j'ai pensé mourir Quandsesparents, mal grêle nom dontjemenomme, Ont refusé la main du pauvre gentilhomme, Et quand il m'a fallu, tout seul, comme un hibou, Avec ce çros chagrin m'enfermer dans mon trou. Irène! Irène! hélas! cruelle fille d'Eve! Elle m'avait pourtant laissé nourrir ce rêve, Que sous ce toit croulant pourrait fleurir, un jour, Un lys qui l'emplirait de son parfum d'amour! Elle m'avait donné l'espérance divine Que le bonheur viendrait habiter la ruine!