SCÈNE III L'ABBÉ, VÉRONIQUE
Véronique, qui a fini de desservir, prépara des fleurs dans un n isc qu'elle pose sur la table. L'abbé reprend son in-quarto et se promène
de long en large.
L'ABBÉ
Reprenons notre élan.
Je tiens ma tragédie et suis sûr de mon plan. Melpomène avec moi sans doute a fait un pacte... Voyons!... Scène d'amour, d'abord, au deuxième acte.
— On convient volontiers que, chez moi, les amants Expriment en beaux vers leurs tendres sentiments
Et peignent comme il sied le tourment qui les ronge...
— Un sonse, à l'acte trois... J'excelle dans le sonue... Et puis à l'acte quatre, un récit... Mes récits,
Aux yeux des gens de goût, passent pour réussis. J'ai bien, par-ci par-là, des scènes plus minimes... Mais je sais m'en tirer par quelques vers sublimes.
VÉRONIQUE, rêveuse, venant à l'abbé
Mon oncle!...
L'ABBE, avec impatience, à part.
Bon, encor! Non, jamais je n'ai pu
Travailler un instant sans être interrompu.
Qu'est-ce que cette enfant peut me vouloir, en somme?
Mon père, n'est-ce pas, était bon gentilhomme?
L'ABBÉ
Sans doute, assez souvent je te l'ai dit, je croi. Mon brave frère est mort au service du roi, Quoiqu'il n'ait jamais eu que la cape et l'épée... Mais voilà maintenant ma verve dissipée... Et vous m'interrompez, Véronique, au moment Où je mettais la main sur un bon dénoûment.
VÉRONIQUE
Pardonnez-moi.
L'ABBÉ
C'est bon. Mais je m'en vais, ma nièce, Et je monte là-haut pour songer à ma pièce... Voyons!... un dénoûment... qui ne soit pas banal... Qui pourrais-je imiter, pour être original?
Il sort par l'escalier, à droite.