SCÈNE VII. 12<J
Et, riche, je prétends comme un pauvre être fier!...
Quoi?... l'on change à ce point!... Ah! le destin me raille
Et vous auriez bien dû rester dans la muraille
Au lieu de me prouver, o trésors superllus,
Que ma douleur mentait et que je n'aimais plus!
Eh bien, si! j'ai raison... Je devais par vous seules,
Parures dont jadis s'ornèrent mes aïeules,
Apprendre cette amère et saine vérité :
Et, pour l'honneur du nom que toutes ont porté
En mères de famille, en épouses fidèles,
Je ne dois point choisir de femme indigne d'elles.
VÉRONIQUE, à part.
Oh! c'est trop tard!
JEAN, changeant de ton, à Véronique.
D'ailleurs, s'agit-il de cela?
Réalisons d'abord cette fortune-là : Cent mille écus, dit-on... Peut-être davantage !
D'abord, premier plaisir... il faut que je partage Avec vous, mes amis, qui seuls savez m'aimer. Pour l'abbé, dès demain je le fais imprimer. Et quant à vous, ma bonne et généreuse amie, Vous n'aurez plus besoin de tant d'économie, Et vos mains puiseront au trésor sans compter. Ma pauvre chère enfant, que je vais vous gâter!
Mais ce sera charmant! L'existence nouvelle
Que nous allons mener, à mes yeux se révèle :
Oui, nous restons chez nous, les pieds sur les tisons;
Nous sommes trois amis, et nous nous suffisons;
Vous êtes la maîtresse au logis, Véronique,
Vous exercez sur nous un pouvoir tyrannique ;
Moi, je chasse; et l'abbé, dans ses fougueux élans,
Me déclame ses vers, que je trouve excellents;
Nous nous abandonnons au repos qui nous berce,
Et, comme des oiseaux éprouvés par l'averse,
Satisfaits du refuge où Dieu nous réunit,
Nous nous tenons tous trois serrés dans notre nid!
— Et j'osais m' attrister! Mais, que Dieu me pardonne!
Je fais mieux que d'avoir du bonheur... car j'en donne.
J'ai regret de troubler un rêve si joyeux, Monsieur Jean, mais je dois vous faire mes adieux.
JEAN, stupéfait.
Vos adieux! vous!... J'ai mal entendu !
VÉRONIQUE
Non ! mon aide Désormais vous devient inutile, et je cède A mon ancien désir, qui revenait souvent,