SCÈNE VII
De prononcer mes vœux et d'entrer au couvent. Ma résolution depuis longtemps est prise.
JEAN
Que veut dire ceci?... Vous voyez ma surprise... Jamais vous ne m'aviez parlé de ces projets...
VÉRONIQUE
Et pourtant, monsieur Jean, tous les jours j'y songeais;
Et je n'ai même ici prolongé ma présence
Que dans votre intérêt et par reconnaissance.
C'est même, en vous quittant, le seul bonheur que j'ai
De vous avoir servi... Mais tout est bien changé.
Les voici revenus pour vous, les jours prospères :
Bientôt vous conduirez sous le toit de vos pries
Une épouse choisie, enfin digne de vous
Et des femmes de qui vous viennent ces bijoux,
Celle que vous pourrez aimer comme une égale,
Et qui saura porter la couronne ducale.
Elle prendra la place ici que j'occupais ;
Et moi j'entre au couvent afin d'y vivre en paix.
JEAN, à part.
Je crois tout deviner... 0 pauvre âme blessée!
VÉRONIQUE
Gardez-moi — n'est-ce pas? — une bonne pensée !
Moi, je prierai pour vous, c'est tout ce que je puis Désormais. Ayez soin de mon pauvre oncle ; et puis, Plus tard, quand vous serez un père de famille, Peut-être verrez-vous revenir l'humble fille Oui toujours aura fait pour vous des vœux fervents, Et qui vous aimera dans vos petits enfants.
JEAN
Partir! vous partiriez d'ici, chère petite!
Mais à ce seul penser qu'il faut que je vous quitte,
Savez-vous que mon cœur a frissonné d'effroi?
Asseyons-nous tous deux. Voyons! écoutez-moi...
Mon enfant, ce trésor, dont je cherche l'usage,
Ne m'a pas seulement rendu riche, mais sage :
Il a fait s'envoler, par un souffle subit,
Ce regret, qui n'était au fond que du dépit ;
Nul écho du passé dans mon âme ne vibre ;
Et votre ancienne place au foyer reste libre...
Pourquoi voulez-vous donc abandonner ce lieu?
VÉRONIQUE
Je vous l'ai dit, je dois me consacrer à Dieu ; Et le repos du cloître est mon désir unique.
JEAN, s'animant.
Eh bien, moi, je vous dis que c'est faux, Véronique!