‹ ThéâtreChapitre 81 sur 191 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

VÉRONIQUE

Monsieur Jean!...

JEAN

Laissez-moi! je vous dis que c'est faux. Aviez-vous autrefois des rêves si dévots? Étiez-vous à ce point du monde fatiguée, Ce matin, hier, toujours, vous si bonne et si gaie? Je vous dis que c'est faux, pauvre cœur innocent, Et que ce qui vous pousse est un chagrin naissant, Dont vous ne vous rendez peut-être pas bien compte, Mais que je crois comprendre enfin, et que j'ai honte De deviner si tard, aveugle que j'étais... Oh! si je vous offense, un mot ! et je me tais... Mais, depuis un moment que nous sommes ensemble, A cette douce main qui dans la mienne tremble, A ce regard, du mien sans cesse détourné, Véronique, je crois que j'ai bien deviné... Si j'avais ce bonheur...

VÉRONIQUE

Monsieur Jean, je vous jure...

0 Véronique, avant de commettre un parjure, Avant de prononcer un non, que tout dément,

Laissez-moi vous parler jusqu'au bout seulement.

Oui, sachez que mon cœur a compris tout a l'heure,

Quand vous avez parlé de quitter ma demeure,

Le mal qu'il avait fait, ce lâche et cet ingrat,

Et le devoir tracé pour qu'il le réparât.

J'ai vu, par ce danger qu'elle me fût ravie,

Que votre affection était tout dans ma vie,

Qu'il me faut à tout prix près de moi la fixer,

Et que je ne peux plus désormais m'en passer.

Dans mon cœur, délivré de l'ancien mauvais rêve,

Un nouveau sentiment se dégage et s'élève...

Et l'amour, qu'attendait votre espoir ingénu,

Il va venir, il vient... il est déjà venu!

Par ces yeux pleins de pleurs, par ces mains que je serre,

Par ces chers souvenirs de commune misère,

Oui, Véronique, au nom du douloureux passé,

Pardonnez à celui qui fut un insensé,

Mais qui se donne à vous, et de toute son âme!

Et restez mon enfant, mon amie et ma femme !

Véronique éclate en sanglots.

Quoi!... vous pleurez?...

VÉRONIQUE

Pourquoine parler qu'aujourd'hui, Monsieur Jean? Hier encor, je vous aurais dit : Oui!

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