‹ ThéâtreChapitre 82 sur 191 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

JEAN

Eh bien?...

VÉRONIQUE

Mais à présent que les grandeurs perdues, Par un juste retour vous sont toutes rendues Et que vous retrouvez fortune, titre et nom, Je connais mon devoir et dois vous dire : Non!

JEAN

Quel scrupule insensé! Vous m'aimez, je vous aime... Pour avoir ce trésor, ne suis-je plus le même?

YÉRONIQUE.

Vous ne le serez plus demain. Non, monsieur Jean. Je n'aime point un duc : j'aimais un paysan! J'avais droit de rêver — mais tout beau rêve cesse — D'être fermière un jour; jamais d'être duchesse. Et ce qu'avec ivresse hier j'eusse accepté, Tout mon cœur le repousse à présent, par fierté.

JEAN

Mais ce trésor, je vous le dois, ô noble fille!...

Non, monsieur Jean! Ce sont vos bijoux de famille; Pour vous seul le feu duc — vous le comprenez bien Les avait cachés là... Je n'accepterai rien!...

Je dois me retirer, ayant rempli ma tâche. Si je vous écoutais, si j'étais assez lâche Pour ne plus résister, hélas! qu'adviendrait-il? Vous verriez qu'une enfant élevée en exil, Qui sait coudre et filer, ainsi qu'une servante, Mais qui n'est nullement mondaine ni savante, En mainte occasion qui saura bien surgir Ne tiendrait pas son rang et vous ferait rougir...

JEAN

Véronique !

VÉRONIQUE

Attendez... Puis l'image d'Irène, Dont vous vantiez le tact et la fierté de reine, Viendrait vous inspirer de coupables regrets, Des reproches peut-être... Et moi, moi, j'en mourrais! Plus de rêves menteurs où mon espoir s'égare!... Je le jure! à jamais ce trésor nous sépare, Et vous aurez plus vite usé ces diamants Que vous ne m'aurez fait manquer à mes serments.

JEAN

Eh bien, donc, sois maudit par moi, trésor funeste! Diamants qui troublez mon sort, je vous déteste! Car vous m'êtes fatals; car vous avez jeté Sur mes illusions votre froide clarté,

Page 1