‹ ThéâtreChapitre 97 sur 191 · MADAME SCARRON, ANTOINE DE MÉRAN · texte numérisé non relu

MADAME SCARRON, ANTOINE DE MÉRAN

ANTOINE

Madame, Je vous salue.

MADAME SCARRON

Antoine!... Ah! vite, dites-moi!

Monsieur Fouquet a-t-il parlé de vous au Roi? Avez-vous quelque espoir pour cette lieutenance ?

ANTOINE

On me la promettait, lorsque Son Eminence L'a donnée au neveu du médecin Guénaud. D'ailleurs, quand on a su que j'étais huguenot...

MADAME SCARRON

Toujours ce même obstacle!

ANTOINE

Hélas !

MADAME SCARRON

Courage, Antoine,

ANTOINE

Je n'en ai plus. Je suis seul et sans patrimoine, A vingt-deux ans, avec un enfant à nourrir, — Ce fils que l'an dernier, presque avant de mourir, Mon vieux père eut encor de sa seconde femme. — Je suis noble, et mon droit de porter cette lame M'interdit tout travail qui me ferait manger. Que puis-je faire? Aller servir à l'étranger? Comment courir les camps avec mon petit frère ? Je dois vivre pour lui, je ne peux m'y soustraire ; Mais, devant mon devoir si lourd de frère aîné, Jesuis seul et sans pain... Ah! pourquoi suis-je né?

MADAME SC AU 11 ON

Pour vous calmer, Antoine, une fable me tente.

Gesle d'étonnement d'Antoine.

Vous rappelez-vous bien la maison de ma tante, Madame de Neuillant, où je vous ai connu?

ANTOINE

Certes, plus d'une fois je m'en suis souvenu. Que n'a-t-elle pas fait, cette femme inhumaine, Pour nous donner sa foi catholique et romaine, A nous, pauvres enfants chez elle recueillis, Moi, parce que mon père était loin du pays, Et vous, parce qu'hélas! vous étiez orpheline?

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