PROLOGUE, SCÈNE IV
Comme vous, sous sa froide et rude discipline, Si mon père n'était à la fin revenu, J'abjurais... Certes oui, je m'en suis souvenu.
MADAME SCARRON
Et vous rappelez-vous la chambre sans lumière, Si froide, dont le mur n'a qu'une meurtrière, Où l'on m'emprisonnait pendant les nuits d'été, Seule, au pain sec, lorsque j'avais mal récité Mes quatrains de Pibrac ou mon histoire sainte?
antoine!
Sans doute. Brave enfant, vous alliez là sans plain te ! — Et mon âme s'indigne encore au souvenir !
MADAME SCARRON
Mais c'est que ce cachot, qui devait me punir, Avait pris en pitié l'enfance prisonnière; C'est que le vent du soir, par cette meurtrière, M'apportait les odeurs exquises du jardin. Ainsi, n'admirez plus mon courageux dédain, Antoine, car j'aimais être en ces murs moroses Où je mangeais mon pain dans le parfum des roses.
ANTOINE
Et la moralité de l'apologue?
MADAME SCARRON
C'est Qu'en vous la lâcheté coupable se glissait; Car, au plus bas degré de l'humaine souffrance, Dieu nous laisse un grand bien.
ANTOINE
Et lequel?
MADAME SCARRON
L'espérance !
ANTOINE
L'espérance ! Ah! pour moi ce mot est insensé !...
Et, puisque vous avez évoqué le passé,
Madame, et rappelé notre enfance martyre,
Je sens que mon secret m'échappe et veux vous dire,
Quand môme j'y perdrais le bonheur de vous voir,
Le sentiment cruel qui fait mon désespoir.
Je vous aime, Françoise !
MADAME SCARRON
Antoine !
ANTOINE
Je vous aime !
Oui, ce qui fait mes yeux si creux, mon front si blême, Ce n'est point le souci d'un frère à protéger,