ACTE I
RÉGINE Ne m'aviez-vous pas reconnue?
PAUL
Comment vous reconnaître?... Un cri, la porte violemment refermée, vous étiez déjà loin!... Dans l'antichambre, le domestique, ahuri de n'avoir pas su vous barrer le passage, bafouillait quand on voulait tirer de lui un signalement.
RÉGINE
Et pourtant vous juriez que c'était moi!... Où puisiezvous une certitude aussi complète?
PAUL, embarrassé.
J'ai deviné... Deviner c'est comprendre sans raisons.
Deviner c'est avoir de si nombreuses raisons de comprendre qu'on peut se passer de voir... Ainsi fîtes-vous!
PAUL Mademoiselle !
RÉGINE
Vos raisons, elles sont évidentes: vous aviez la fatuité de croire que je vous aimais. Alors, qu'une inconnue vienne chez vous le soir, à l'improviste, en se cachant: C'est Régine! Ce ne peut être que Régine! Et, en effet, j'étais la visiteuse!... Mais où vous êtes dans l'erreur, c'est quand vous imaginez que j'étais entraînée par une irrésistible passion.
PAUL
Il serait plus généreux de m'apprendre en deux mots le motif de votre visite.
RÉGINE
Quand vous m'aurez appris le motif de celle que vous me faites en ce moment.
PAUL
En y mettant un peu de bonne volonté vous pourriez si facilement le découvrir.
RÉGINE
J'ai d'abord supposé que vous veniez confier vos peines à une camarade... Je trouvais cela très naturel et je vous accueillais de tout cœur... Vous m'avertissez que je me trompe... Vous n'êtes pas à la recherche d'un moyen de salut... Vous repoussez les conseils, vous ne voulez pas vivre... Alors, j'ai le droit de poser ma question: Que venez- vous faire ici?...
Vous dire adieu...
RÉGINE
Nous avons passé la journée d'hier ensemble... Votre funeste résolution était prise, ne cherchez pas à le nier, je l'ai lue dans vos yeux, et pourtant vous n'avez pas songé à me dire adieu...
PAUL
Adieu pour toujours au milieu d'un bal!...