ACTE II
HÉLÈNE
Elle m'a fort bien aperçue. J'attendais un signe d'elle. Pourquoi rentrer précipitamment?
HENRI
Pour nous laisser seuls. Discrétion et célérité.
HÉLÈNE
Touchante attention!...
HENRI, agacé.
Si vous saviez à quel point c'est drôle, une femme jalouse!...
Et pourquoi ne le serais-je pas!... Théodore soutenait, ces derniers temps, que Françoise, sous des dehors de froideur, est une passionnée, il soupçonne qu'elle vous aimait longtemps avant le mariage.
HENRI
Ce serait vraiment une déveine, après tout le mal qu'on s'est donné pour la choisir en carton! Hélène, votre mari dit cela pour vous faire enrager, puisque vous prétendez qu'il se doute.
HÉLÈNE
A présent, je ne prétends plus. Chaque fois qu'il grognait contre sa maladie, et c'était souvent, il l'accusait de nous tenir loin du cher jeune ménage et cela d'un ton si simple !... Et puis il parle de vous avec un véritable intérêt... Non, décidément, il ne se doute pas!...
HENRI, riant.
Tant pis! Cela vous occupait d'avoir l'œil sur lui... Désormais votre attention se. concentrera sur moi!... Je n'ai qu'à me bien tenir!...
HÉLÈNE, furieuse.
Au moins voilà qui est net... je ne vous dérangerai pas plus longtemps... Adieu, compliments à Françoise. (Elle s'éloigne avec majesté.)
HENRI, la rattrapant et l'embrassant.
Laisse donc, grande bête!... mais aussi a-t-on idée de venir faire à quelqu'un de pareilles scènes sans l'ombre d'un prétexte ? (Nouvelles embrassades.) Je suis assez raisonnable pour qu'on n'affecte pas de me tenir en tutelle.
Oui, dites-moi que je suis stupide, je ne l'ai pas \ .ié, car j'ai des renseignements de valeur indiscutari. qui attestent votre vertu.
HENRI, assez mécontent.
Comment, vous correspondez avec Françoise sur de pareils sujets?...
HÉLÈNE
Pas de danger!... Je puise mes convictions à des sources moins suspectes. A peine levée, Mme de Landier, plus empressée que vous, est accourue chez moi. Elle sait toujours tout, cette chère Léonie, et sur tout le monde; sur Françoise en particulier, elle a une bonne histoire.