ACTE I
sous les yeux du roi.) Outre le nécessaire, je crois que le superflu s'y trouve.
LE ROI, condescendant.
Heu! Heu!... (D'une tape sur la croupe, Kigérik repousse la femme dans le tas.)
TOTILO, couvant les femmes d'un regard plein de concupiscence.
Toujours est-il que je pécherais bien là-dedans les yeux fermés, sûr de ramener un friand morceau.
LE ROI, riant devant la face congestionnée de Totilo.
Regardez sa façon de tenir les yeux fermés... Allons, Totilo, n'envie pas trop ce jeune homme. Voici le morceau qui t'est destiné... (Il montre la fillette que Boussoro avait mise à part dès l'arrivée des femmes. Elle s'avance d'elle-même, souriante et très à son aise.) Quatorze ans à peine ! J'ai pensé que ta verte vieillesse se réchaufferait agréablement à la tiédeur de cette jeune peau.
TOTILO Je ne sais comment remercier Votre Majesté...
LE ROI
Elle est fille du grand-prêtre des Boranis. N'est-ce pas, Boussoro ?
BOUSSORO
Oui, sire. On l'a trouvée au fond du temple, derrière l'autel, blottie sous les cadavres des vierges sacrées qui avaient bu du poison pour échapper à la profanation. Celle-ci a préféré courir la chance d'un heureux hasard
et bien lui en a pris. Je sui arrivé au moment où des soldats qui dépouillaient de leurs bijoux les vierges mortes, la découvraient. Elle m'a imploré d'un regard à la fois si futé et si doux, que je l'ai prise par la main et emmenée à la barbe des pillards. Comme nous descendions les marches de l'autel, elle a reconnu son père qui s'était ouvert la gorge à l'entrée du sanctuaire.
TOTILO, prenant le menton de la fillette. Elle ne paraît pas intimidée... Petit trésor!...
BOUSSORO
Le caractère le plus délicieux... Et amusante!... Elle rit tout le temps!...
LE ROI
Allons, assez joué avec les femmes. Boussoro, qu'on les remette sur leurs montures, et qu'on les expédie tout de suite à la ville. Nous aussi, songeons à partir. L'armée doit avoir à présent beaucoup d'avance.
BOUSSORO
Pardon, sire ! L'armée défile encore au fond de la vallée. Dès que le dernier homme sera passé, mes guetteurs viendront nous avertir.
LE ROI
Inutile d'arriver avant que la concentration soit terminée. Restons ici, loin de la poussière et du bruit. Qu'on garde nos chevaux à l'ombre, et toi, veille à ce que chacun reste à son poste.