STANCES
\Iiiine Amarillis, honneur de nos Bergères, Aloderei tant soit peu la rigueur de vos loix, Si dans ma passion l'exce:^ de mes misères Ne jn'interdisoit point l'vsage de la voix, l'cleuerois si haut vos beauté^ sans exemple, Que vous auriei vn Temple.
Vostre nom qui tousiours occupe ma mémoire, Pourrait pompeusement éclater dans mes vers, Et rien n'empescheroit le bruit de vostre gloire D'estonner nostre siècle et remplir l'Vjiiuers, Aime{-vous mieux ma mort, ô beauté trop aimée! Que vostre Renommée?
S'il faut que mon trépas contente vostre enuie, Allant qu'il soit long temps ieferay voir à tous. Que i'ay pris iusqu'ici quelque soin de ma vie, A dessein seulement de l'employer pour vous. Mais s'il faut qu'vn beau coup finisse ma misère,
Mon amour me fournit mille pensers diuers, Et ie n'en puis treuuer pour acheuer ces vers.
CELIDAN.
Ce stile est au dessus de ton stile ordinaire, le me vais retirer de peur de te distraire; Acheue, cher amy, c'est trop bien commencé. Ce feu grand et subtil est aussi-tost passé.
PHILIDAS,
seul.
Quitte, triste Berger, ce pénible exercice, De tes pleurs seulement escris ton iniustice. Seuls ils peuuent preuuer tes transports innocens; Seuls ils peuuent parler des ennuis que tu sens. Et c'est bien vainement qu'vn malheureux présume De fendre vn cœur si dur auec des traits de plume. Arbres, soyez atteints au récit de mes maux, Est-il quelque martire csgal à mes trauaux? Mais que mon œil est las de souffrir la lumière, Quel assoupissement me ferme la paupière? Dieux! appellans mon ame en cet heureux sommeil Accordez à mes yeux vn dormir sans réueil.
// s'endort.
42 AMARÏLLIS,