CHANSON
li/TEPRIS, orgueilleuse fierté ,
Nous auons asse\ disputé Contre l'effort de tant de charmes.
Apres vn combat glorieux,
Amour, si ie quitte les armes ^
le les rends au plus grand des Dieux.
PHILIDAS.
O diuine Chanson! mes vœux sont apprcuuez. Et sa diuine main a mes vers acheuez.
AMARiLLis continue à chanter.
le scay quel empire tuprens Dessus les cœurs vtdifferens Alice des soupirs et des larmes;
Apres tant d'efforts glorieux,
Amour, ie dois quitter les armes
Et les rendre au plus grand des Dieux.
PKILIDAS.
Abordons-Ia sans crainte; obligé désormais
A vous offrir des vœux, si ie le fis iamais.
Que ie baise à genoux cette main fauorable,
Qui vient de releuer l'espoir d\n misérable :
Donc ces beaux yeux sont las de me voir soupirer?
Donc il m'est ordonné de viure et d'espérer,
Et comme vn doux vainqueur respecte sa conqueste ,
Vous auez diuerti la mort qui m'estoit preste;
Ouy, ie vis, et i'espere vn destin plus humain,
Puis qu'il faut obeyr à cette belle main.
AMARILLIS.
Quoy ? i'ay tracé ces mots? la croyance indiscrette ! Voyez comme aysément on croit ce qu'on souhaite, Perdez vn peu. Berger, de cette vanité, Et ne me louez point de tant de charité.
56 AMARILLIS,
Voulez-vous plus longtemps prolonger mon suplice? Et vous repentez-vous d'vn acte de lustice? Suis-je trop peu discret pour cacher vos bienfaits? Quand mesme vous rendriez mes désirs satisfaits? Dieux! qu'à se déclarer vne fille a de peine, Vous ne deffendez pas qu'on vous nomme inhumaine. Quand ie vous apcllois sourde, ingrate et sans yeux, C'estoit là vous donner des tiltres glorieux, Vous trouuiez dss appas en mon sort lamentable, Et vous vous offencez du tiltre d'équitable. Vous n'osez auoùer vne bonne action.
Que vous auez rendue à mon affection.
AMARILLIS.
le n'en puis auoiicr, ny mauuaise, ny bonne, le n'ordonne la vie, et ne l'oste à personne. C'est assez, Philidas, que chacun songe à soy, le ne conserue point ce qui n'est point à moy.
PHILIDAS.
Amarillis pourtant a mon cœur en hostage,
AMARILLIS.
Elle vous rend à vous auecque vostre gage,
Vous sçauez mon humeur, ie fuis ces passions, Et ie suy seulement mes inclinations.
PHILIDAS.
Quoy? toujours insensible et sourde à mes prières?
AMARILLIS.
Toujours ferme et constante en mes humeurs premières.
PHILIDAS.
Vn peu moins qu'autrefois.
AMARILLIS.
Toujours également.
PHILIDAS.
Philidas n'est pas sourd.
Ny moy pareillement.
PHILIDAS.
Non, car vous m'entendez. Adieu, viucz heureuse. Soyez impitoyable à ma peine amoureuse; Estouffez tout l'espoir qui me peut secourir, le porte dans ma main le moyen de guérir.
// s'en va.
i8 AiMARILLIS,
AMARILLIS,
seule.
O Dieux! cet importun a ma voix entendue Alors que i'auoiiois que ie me suis rendue. 11 a receu pour luy cette confession, Et croit estre l'objet de mon affection. Mais las! quoy que ie doiue à son amour extrême, Il est bien abusé quand il croit que ie Tayme. Vn Amant bien plus rare occupe mes esprits, II me demande vn cœur qu'vn autre a déjà pris. Cleonte l'a forcé, mais auec tant de gloire Qu'il n'a que d'vn moment acheté sa victoire, Et qu'ayant iusqu'icv méprisé tant d'Amours le me rends à l'appas de ses premiers discours. Mais quelqu'vn vient icy. Mes plus chères pensées Par cet autre importun sont toujours traucrsccs.
A i$f A ij/ A A 1*;* A A A \t/ \tr \tr xtjr A \tf