SCENE VL
CELIDAN, DAPHNÉ.
CELIDAN,
la surprenant.
A Quoy pense Daphnc?
DAPHNÉ
le pensois à vous-mcsmc.
CELIDAN.
(^ue ie suis redeuable à ton amour extrême , Combien tu fais d'efforts pour vn indigne Amant? Et que peu de ton sexe ayment si constamment.
70 AMARILLIS,
Mille font vanité du tiltre de parjure,
Ce nom est maintenant vue honorable injure.
Toutes changent sans honte, et ta seule beauté
A de Tauersion pour Tinfidelité.
Mais ie ne te vois point en l'humeur ordinaire,
Et mesme, dés l'abord, i'ay semblé te déplaire-
T'importunay-je icy?
daphné.
le ne m'y ticndrois pas.
CELIDAN.
Quelque soucy pourtant change ces doux appas; Tu me vois à regret, veux-tu que ie le die? le croy que ton Amour est vn peu refroidie.
DAPHNÉ
Je rirois comme toy, mais vn mal de costé.
CELIDAN.
Dy que ton humeur souffre, et non pas ta santé. On laisse rarement promener les malades; Leurs chambres et leurs lits bornent leurs promenades. Tu tiens les yeux baissez, tu parles froidement.
DAPHNE
O le jaloux esprit!
CELIDAN.
Peut-estre iustement.
DAPHNÉ
Adieu , mon mai s'accroist.
CELIDAN.
le te suy.
DAPHNÉ
Non, demeure; Permets-mov seulement de reposer vne heure, Peut-estre en ce sommeil, mon mal s'appaisera.
CELIDAN.
le ne te quitte point.
DAPHNE
Fay ce qu'il te plaira^
CELIDAN.
.Te ne te suiurav point pour conter mon martyre. Mais pour te garantir des aguets du Satyre, Qui rode effrontément tout à Tentour d'ici , Ten ay tantost vcu trois.
AMARILLIS,
DAPHNÉ
Je les ay vcus aussi.
CELIDAN, bas.
O Dieux! diucrtissez les sujets de ma crainte. Et ne trahissez pas vne amitié si sainte.
Fin du troisiesme Acte.