SCENE PREMIERE
DAPHNE, CLEONTE.
CLeonte a beau se plaindre, il a beau soupirer, De son amour pourtant ie ne puis m'assurer.
CLEONTE.
le vous atteste, ô Dieux! Mais qu'est-il nécessaire De prouuer par sermens vne flame si claire?
DAPHNÉ
Non, non , ne iurez point, et redoutez les Dieux,
La foudre que ie crains est celle de vos yeux.
74 AMaRILLIS,
daphné.
le sçay que sur ce front des passions sont peintes, Et ie connois par fois que vous poussez des pleintes^ Si ie croy vos discours, vous estes tout de feu. Enfin, vous feignez bien, ou vous aymez vn peu. Mais vous me repaissez d'vn espoir inutile. Vous n'en aymez pas vne, ou vous en aimez mille. Vous tenez à ma sceur de semblables discours, le vous ay vcu moy-mesme implorer son secours.
CLKONTE.
Si ma voix parle bien, mes regards parlent mieux, Ou vous entendez mal le langage des yeux. Luy iurant que ie sens des ardeurs si parfaites. Mon œil vous dit-il pas que c'est vous qui les faites? Alors qu'on aymc bien, souffrc-t'on des témoins? Craindrois-je qu'on nous vist, si ie vous aimois moins? Non, ie ne tiendrois pas mon amour si secrctte, Etic vous traiterois ainsi que ie la traite.
CELIDAN , cache auec Philidas.
Dieux! qu'est-ce que i'entends?
^HILIDAS.
Vos affaires vont mal.
CELIDAN.
Prepare-toy, mon bras, à punir ce riual.
Cleonte, les effects prouueront vos promesses;
Faites-luy cependant vn peu moins de caresses;
Si vous l'aymez si peu, ne luy parlez point tant,
Elle a des qualitez à faire vn inconstant.
Toute froide qu'elle est, le sçay qu'elle vous prise.
Et ne craindroit pas fort de me rauir ma prise.
Adieu.
CLEONTE.
le vous conduits.
DAPHNÉ
Non, retournez chez vous.
Ne faisons point d'ombrage à cet esprit jaloux.
CLEONTE.
le vous obey donc.
CELIDAN.
Dieux! qui l'eust iugé d'elle!
DAPHNÉ
s'en allant.
C'est me bien obeyr que de m'estre fidellc.
AMARILLIS,
Ah Daphné! ie renonce au bien de la clarté, Si rien est comparable h ma fidélité.