‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 52 sur 98 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

CELIDAN, CLEONTE, PHILIDAS.

CELIDAN.

Ais-cn voir vnc prcuue en montrant ton courage. Mets l'épec à la main.

CLEONTE.

Quoy ! deux? pas dauantage' Contre Cleontc seul vous n'estes pas assez.

PHILIDAS.

Arreste, Celidan, nous sommes offencez, Et prendre vn Caualier auec cet auantage, Ce seroit laschement repousser vn outrage. Il nous en faut vser auec moins de rigueur : Son frère a témoigné qu'il est homme de cœur, 11 s'en pourra seruir, et le moindre interualc Fera voir entre nous vue partie égale.

PASTORALE. -j-]

CELIDAN.

Il faut, ô Philidas, qu'il meure de ma main.

Cela peut arriuer, mais ce sera demain,

Car vn tiers tel que moy ne vous peut laisser batre.

CLEONTE.

Tay par fois déguainé contre deux, contre quatre; Tay donné, i'ay parc d'assez dangereux coups, Non pas auec des gens si généreux que vous.

CELID\X.

Que dis-tu, Philidas, de cette humeur altiere?

PHILIDAS.

Il paroist assez fier, et ne s'ébranle guère.

CELIDAN.

Il se mocque, il se iouë, il se rit, Philidas.

CLEONTE.

le me ris, ie me iouë en faisant des combas.

78 AMARILLIS,

CELÎDAN.

O !c vaillant guerrier!

CLEOXTE.

Ouy vaillant, mais modeste.

CELIDAN.

Cherche vn de tes Amis, nous ferons ce qui reste.

CLEONTE.

Vostre témérité s'appreste vn chastiment; Je ne tire iamais ce fer impunément.

CELIDAN.

Ne te vante pas tant, si tu veux qu'on te croye.

CLEONTE.

Lors que l'entre en couroux, ie destruis, ie foudroyé; Tu devrois à genoux me demander pardon.

CELIDAN.

Est-il donc insensé? parle-t'il tout de bon?

PHILIDAS.

Ce sont traits d'vne humeur audacieuse et vainc.

CLEONTE.

Enfin, c'est trop railler, et vous laisser en peine; le scay quelle raison excite ce couroux; C'est l'etfet, Celidan, de vos soupçons jaloux. Daphné charme vostre ame , et sçachant qu'elle m'aime , Croyez que ie responds à son amour extrême. Mais qu'on me traite ainsi qu'vn lasche suborneur. Comme vn homme sans foy, sans cœur, et sans honneur, Si deuant que la nuict demain vienne à parestre...

PHILIDAS>

Le terme n'est pas long.

CLEONTE.

le ne vous fais connoîstre Que pour vostre intcrest nous auons gouuerné L'esprit d'Amarillis, et ccluy de Daphné.

PHu^mAS.

Comment à toutes deux vous contez des fleurettes?

CLEONTE.

Ouy, à toutes les deux, pour des raisons cecrettcs.

8o AMARILLIS,

PHILIDAS.

Comment à toutes deux?

CLEONTE.

Vous vous troublez de rien Il est vray, Philidas, mais c'est pour vostre bien.

PHILIDAS.

Ah! Celidan, i'ay peine à souffrir cet outrage,

CELIDAN.

Lors que ie m'emportois tu t'es montré si sage.

CLEONTE.

Mais, qu'apprehendez-vous? Mettez les armes bas, Vous deussiez souhaiter de la voir dans mes bras, Vous bénirez bien-tost mes soins et mon adresse, Lors que vous receurez Teffect de mes promesses, De ce mal apparent le bien vous sera doux, En trauaillant pour moy ie trauaille pour vous.

PHILIDAS.

le ne puis rien comprendre en cet obscur langage.

PASTORALE. 8i

Vous me dispenserez d'en dire dauantagc.

Si vous les possédez serez-vous satisfaits,

Rien ne peut diuertir le dessein que l'en fais.

Vous serez obligez à ces heureuses feintes,

Et les remercimens succéderont aux plaintes.

J'auray mis du remède à nos communs ennuis;

Vous louerez mon esprit, et sçaurez qui ie suis,

Vostre mal et le mien également me touche,

La peur ne me met point ce discours en la bouche.

Si dans peu les effects ne surpassent vos vœux,

Vnissez vos efforts; et m'attaquez tous deux.

PHILIDAS.

Qu'en dis-tu, Celidan, le pouuons-nous bien croire?

CELIDAN.

A garder sa parole, il aura de la gloire; Et s'il auient aussi qu'il ne la garde pas, Il pourra rencontrer sa honte et son trépas.

CLEONTE.

l'accepte l'vn et l'autre en cas de perfidie.

Mais ne doutez tous deux de rien que ie vous die.

82 AMARILLIS,

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