SCENE IX
CELIDAN, DAPHNÉ.
CELIDAN.
l'apperçoy cette Belle.
DAPHNÉ
Cher Clconte, est-ce vous?
CELID4N.
Et vous m'estes fidelle, le plais seul à vos yeux, vous m'aimez constamment? Et ma jalouse humeur n'a point de fondement.
DAPHNÉ
O Dieux! c'est Celidan!
CELIDAN.
Cleonte vient, méchante, Afin de vous conter son amour violente, Et pour vous diuertir i'ay deuancé ses pas, Vous le verrez bien-tost, ne vous ennuyez pas.
IJ4 AMARILLIS,
DAPHNÉ
Que dit cet insensé?
CELIDAN.
Faut-il que ie le die, Le Ciel, ame sans foy, punit ta perfidie; Cleonte s'est mocqué, ce vainqueur glorieux Te fait seruir de fable aux Amans de ces lieux, Il rit de tes faucurs, méprise tes caresses, Et ne te daigne mettre au rang de ses Maîtresses! Le superbe qu'il est ne considère pas Entre tant de beautez de si foiblcs appas, Il te plaint en son cœur quand tu crois qu'il t'adore, Voy cette Lettre.
DAPHNÉ
O Dieux!
CELIDAN,
Et tu m'aimes encore?
le me plaignois à tort, la constante beauté! O miracle d'amour et de fidélité!
DAPHNÉ
Il t'a donné la Lettre?
PASTORALE. ii5
CELIDAN.
Ouy, luy mesme, et ie iure, L'esclat de tes beaux yeux qui m'ont fait cette iniure, Et pensant obliger ma chaste affection II m'enuoye à sa place à l'assignation. Fais estât maintenant du beau nœud qui t'arresie, Voy s'il t'est glorieux de vanter ta conqucste, Je l'apperçoy qui vient.