Par exemple, ces deux vers d'Alidor (II, m
Jetei, arbres , voyant comme je brûle ici ,
Les pleurs que vous jete\ quand vous brûiei aussi.
Et de quelque côté que je tourne mes pas... ( Amaryllis , I, i )
Approche, appelle-moi tes yeux et ton soleil.
( Céliménc , I. m )
Approche, appelle-moi ta reine et ton soleil. ( Amaryllis , I , m )
Où songeait mon souci?
( Célimcne , III, vi)
A quoi pense Dapliné?
( Amaryllis , III , vi)
Oui, quelques passions dessus ce front sont peintes. ( Célimène IV, i )
Je sais que sur ce front des passions sont peintes. (Amaryllis, IV, i)
Les exemples de ce genre, qu'il serait facile de multiplier, prouvent avee c]uel soin Tristan a revu Tœuvre de Rotrou. »
Et maintenant, avant de parfaire cet énorme labeur de près de douze cents pages d'impression, poursuivi lentement, à travers les mille soucis et les tracas de la vie quotidienne, et enfin terminé dans ce modeste atelier de la Maison des Poètes, où travaille une seule personne, je tiens à remercier publiquement tous ceux qui ont bien voulu s'y intéresser et qui m'ont aidé de leurs conseils et de leur appui :
En premier lieu, M. Bernardin, qui vient de nous
SUR AMARILLIS l3l
donner des pages si attrayantes et qui, tout à l'heure, va généreusement, dans une magistrale postface, nous ouvrir le trésor de son érudition profonde et de sa critique ingénieuse et subtile. Ensuite, pour les conseils gracieusement donnés, Téminent professeur de l'Université de Montpellier, M. Eugène Rigal; puis un beau poète, maintenant, hélas! prématurément disparu, qui mit à ma disposition, avec une bonne grâce charmante, Texemplaire rarissime d'Osman que possède la Bibliothèque de l'Arsenal, j'ai nommé M. J.-M. de Hérédia; enfin : MM. Alfred Franklin, à présent Administrateur honoraire de la Bibliothèque Mazarine: Georges Vicaire, rérudit bibliophile; Louis Denise, bibliothécaire à la Nationale; et aussi tous les amateurs éclairés qui m'ont apporté leurs encouragements. A tous ceuxlà, ainsi qu'aux souscripteurs anonvmes qui ont soutenu mes efforts, je dis un dernier et reconnaissant merci.
Edmond Girard.
23 juillet 1907.
POSTFACE A l'Édition des œuvres dramatiques
DE
Tristan l'Hermite
Par N.-M. Bernardin
Docteur ès-lettres
Quand, il y a de longues années déjà, préparant une nouvelle édition de Racine, nous cherchions ce que l'auteur d^Andromaque, de Briîannicus, de Baja^et e\ dVphigénie avait bien pu emprunter à l'auteur de La Mariane, de La Mort de Sénèque, d^Osmafi et de La Folie du Sage, nous nous étonnions de voir que les histoires de la littérature française mentionnaient à peine — et encore pas toutes — le nom de Tristan l'Hermite, poète inégal sans doute, mais grand poète parfois, et qui d'ailleurs avait trouvé le système dramatique dans lequel Racine, dépassant de toute la hauteur
II POSTFACE DES ŒUVRES DRAMATIQUES
du génie son précurseur, allait écrire ses chefs-d'œuvre.
Pour le tirer de l'oubli dans lequel il dormait, sans nous laisser rebuter par les difficultés multipliées, nous avons commencé sur sa vie et sur ses oeuvres une longue et patiente enquête; peu à peu nous avons vu sa figure émerger du brouillard de la légende et ses traits se préciser; nous avons découvert la genèse de ses œuvres; nous avons dégagé ce qui constitue l'originalité de son talent, et ainsi nous avons fini par écrire tout un gros livre : « Un Précurseur de Racine, Tristan l'Hermite, sieur du Soulier ( i6oi-i655), sa famille , sa vie, ses œuvre s\
La Sorbonne d'abord , puis TAcadémie française l'ont bien voulu honorer de leurs suffrages. Mais — pourquoi ne pas le dire? — ce qui nous a causé le plus de joie, c'a été de voir, peu après, non seulement la France, mais l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie reconnaître, par la voix de leurs critiques, qu'on avait tenu dans un discrédit injuste ce poète qui s'appelait Tristan l'Hermite, que ses œuvres dramatiques renfermaient de rares beautés, et que ses vers religieux, héroïques, galants, représentaient dignement, avec ceux de Racan, la poésie lyrique française entre les Odes de Malherbe et les Cantiques de Racine.
I. Paris, 1895, Alph. Picard et CIs édit., 82, rue Bonaparte.