SCENE
PREMIERE
ARASPE
HOSTES du silence et de l'ombre, Où Tair est si frais et si sombre :
Arbres qui cognoissez Testât de ma langueur, Soyez les confidents des peines que i'endure, Et souffrez que ie graue en vostre escorce dure Le beau nom que TAmour a graué dans mon cœur.
Amour, ce Conseiller perfide,
Ce ieune aueugle qui me guide , A causé tous les maux qui me font soupirer; 11 a porté mon Ame à suiure ses caprices. Et Ta conduite en fin parmy des précipices. D'où iamais ma raison ne peut la retirer.
Il ma fait obseruer les charmes D'vne Reyne fondante en larmes.
Et qui pourroit du Ciel tous les Décrets changer.
O qu'elle est redoutable encore qu'elle pleure!
Qui peut voir ses beaux yeux sans mourir tout à l'heure,
Peut voir des Basilics sans crainte et sans danger.
Ses yeux, ces lumières fatales ,
Sont des Planettes sans égales, Qui peuuent à leur gré disposer de mon sort. Mais, ô simplicité qui n'a point de seconde! En nommant ses beaux yeux les plus beaux du monde, le loue innocemment les Autheurs de ma mort.
Helas! ie suis si misérable
En Testât triste et déplorable Où d'abord m'a réduit l'esclat de ses beaux yeux; Et tant d'ennuis secrets me font tousiours la guerre , Que le temps qui me reste à viure sur la Terre Ne me sçauroit suffire à me plaindre des Cieux.
Depuis la fatale iournée
Que l'Amour et la Destinée Offrirent à ma veuë vn chef-d'œuure si beau, l'ay tousiours soupiré d'vn mal inconsolable ; Et n'ay peu conceuoir de penser raisonnable Qui ne m'ait conseillé de courir au Tombeau.
H PANTHEE,
O qu'elle est ingrate et cruelle , A l'heure que l'eus pitié d'elle, Voyant ses bras captifs sous de honteux liens, Falay tarir ses pleurs; elle me mit en flame; le rassuray son cœur, elle troubla mon ame, Et me donna des fers quand ie rompis les siens.
Mes soins, ny ma perseuerance , Ne me donnent point d'espérance
Que iamais sa pitié recompense ma foy :
Mais quel bien manqueroit au bon-heur de ma vie;
Et quels Roys glorieux me pourroient faire enuic.
Si ce diuin Objet auoit pitié de moy?
O friuoles discours, paroles insensées, Abradate est l'objet de toutes ses pensées : C'est luy que la Fortune auec trop de rigueur A placé dans son lict, et graué dans son cœur: C'est son esloignement qui la rend triste et biesme; C'est luy qui la possède en son absence mesme : Et c'est la seule amour que son cœur conceura; Au moins autant de temps qu'Abradate viura.
Ennemy de mon bien, obstacle de ma joye, Que le Sort enrichit d'vnesi belle proye, Où te retire-tu? ie veux t'aller chercher, Et l'espée à la main te la faire lascher :
le ne puis encourir de honte ny de blasme.
Si i'arrache le cœur a qui vole mon ame;
Aura-t'il sans péril mis ma vie en danger?
Et faut-il que ie meure ainsi sans me vanger?
Mais ô dérèglement du mal qui me tourmente!
Panthée est à la fois sa femme et son Amante,
Et pensant par sa mort adoucir mon ennuy,
Tattenterois sur elle entreprenant sur luy;
le me perdrois moy-mesme, et i'yrois par les armes
Confondre en ce malheur mon sang auec ses larmes.
Si l'Hymen seulement s'oposoit à mon bien,
Il me seroit aisé de rompre son lien;
Maisl'inuincible Amour qui joint leurs cœurs ensemble,
Ne permettra iamais que rien les des-assemble.
Dieux ! ie la voy venir auec tous mes plaisirs ,
Cet objet dans mon cœur redouble mes désirs ,
Amour, diuin Autheur de mes impatiences,
Toy qui passes pour Maistre en toutes les sciences ,
Inspire moy de grâce, et me fais inuenter
Vn secret pour luy plaire et pour me contenter,
// tire des Tablettes.
Voicy de quoy produire vn subtil artifice, Amour, il vient de toy, fay donc qu'il réussisse.
PANTHEE,
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