‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 45 sur 89 · SEPTIESME · texte numérisé non relu

SEPTIESME

PANTHEE, GIRVS.

PANTHEE.

SEigneur, d'vn pas hasté ie viens vous visiter, C'est pour vous faire part de ma secrette ioye. Vous monstrant ce papier, que Monseigneur m'enuoye; Voyez s'il vous honore, et croyez désormais Que ie sçay bien tenir tout ce que ie promets. Mais ce qui rend encor ces nouuelles meilleures. C'est que nous le verrons au plus tard dans deux heures. Il vient accompagné de deux mille chenaux Pour estre plus vtile à vos nobles trauaux.

58 PANTHEE,

CIRVS.

Mon ame est de merueille esgallement saisie, Et de sa diligence et de sa courtoisie.

PANTHEE.

Sans doute c'est vn Prince et de cœur et d'esprit, Mais de grâce Seigneur lisez ce qu'il m'escrit.

LETTRE D'ABRADATE A PANTHEE.

Ce Roy, qui respectant le destin de la guerre, Par ce bon traitement adoucist ton malheur : Doit bien tost conquérir tout le rond de la terre Puisque tant de clémence est jointe à sa valeur.

Tu m'en as peint l'image auecque tant de charmes Que desia sa vertu m'oste la liberté; le voulois m'oposer à l'effort de ses armes, Mais il faut que ie cède aux traicts de sa bonté.

Comme c'est ton désir, croy que c'est mon enuie De tenir désormais Cirus pour mon Seigneur : Car puisqu'on doit aymer l'honneur plus que sa vie Il faut donner sa vie à qui l'on doit l'honneur.

TRAGEDIE. 5g

CIRVS.

Madame, les honneurs dont il me va chargeant Font voir en ce papier qu'il est fort obligeant, Par ses grands compliments il ma voulu confondre, A ces ciuilitez ie ne sçaurois respondre : Mais si pour le seruir ie suis assez puissant. Il ne me tiendra pas pour vn mecognoissant : Asseurez Ten, de grâce, et tirez par aduance Quelque fidelle effect, de mon obeyssance.

PANTHEE.

Digne libérateur de tous les oppressez, Que la voix des mortels ne peut loiiër assez : Puis que ie vous acquierts ce seruiteur fidelle, Pose vous demander vne grâce nouuelle.

CIRVS.

C'est Madame?

PANTHEE.

D'oster de vostrs souuenir L'imprudence d'Araspe, et ne le point punir. Sa faute est excusable, il faut que ie le die. Apres vne cruelle et longue maladie Sa raison la quitté, son sens s'est afîoibly. Vous mettrez s'il vous plaist ceste faute en oubly : le vous en veux prier.

PANTHEE,

CIRVS.

Commandez moy, Madame, Encor que son erreur soit si digne de blasme Et de punition, puis qu'il vous plaist ainsi, Si vous luy pardonnez, ie luy pardonne aussi : Mais c'est faire paroistre vne clémence extresme;

PANTHEE.

C'est imiter, Seigneur, et les Dieux et vous mesme , Qui voulustes changer ma disgrâce en bon-heur, Lors que ie pouuois perdre, et la vie et l'honneur. Panthee sort.

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