SCENE II
FAVSTE, CONSTANTIN.
FAVSTE.
SEigneur, vous rendrez-vous à Timportunité Qui veut qu'on vous offense auec impunité , Et que pardonnant tout par vne fausse gloire Nous ne goustions iamais les fruicts de la Victoire; Si vostre fermeté peut ici balancer, Tous vos trauaux passés sont à recommencer; Sur la mauuaise foy qu'on vous a tesmoignée, Il faut debatre encor vne palme gagnée; Il faut remettre encor le harnois sur le dos, Et ne gouster iamais vn moment de repos.
CONSTANTIN
Ce discours me rejette en vne peine extresme, Il est embarassant et contraire à soi-mesme, C'est vouloir vne chose, et ne la vouloir pas, C'est promettre la vie et donner le trespas. Quels contraires effets voulez-vous que i'assemble? Puis-je estre impitoyable et clément tout ensemble? Pourquoy me parliez-vous de leur donner la paix? N'estes-vous plus d'accord auecque vos souhaits?
favste.
Seigneur, le plus souuent la première pensée, Dans le meilleur esprit n'est pas la plus sensée; Quoy qu'elle semble bonne à force d'y songer, Quelqu'autre vient après qui la peut corriger; Et nostre iugement augmentant de lumière, Prend souuent la seconde, et quitte la première. Puis, quand i'ay demandé qu'on mit tout en oubli , Je ne croiois pas voir Licine restabli, Fesperois qu'on tiendroit son audace bannie Sur les riues du Pont, ou vers la Bithinie; Qu'il viuroit en repos et non pas esleué. Non plus en Empereur, mais en homme priué : C'est tout ce que de vous il se deuoit promettre.
DE CHRISPE. 53
Il faut entièrement le perdre ou le remettre : La gloire me défend de faire rien de bas, Pardonner à demi, c'est ne pardonner pas.
FAVSTE.
Faimerois mieux aux miens asseurer la Couronne, Punissant vn Tiran qui iamais ne pardonne.
CONSTANTIN
Nostre Chrispe s'oppose à ses derniers malheurs, Et pour la parenté me conjure auec pleurs.
FAVSTE.
Chrispe est comme vn enfant qui voit vn fer reluire, Et qui le veut auoir quoi qu'il lui puisse nuire; Mais on doit sagement combatre son désir, Pouruoir à son salut plutost qu'à son plaisir; Et quoi qu'auec des pleurs il demande les armes, Pour espargner son sang, laisser couler ses larmes. Ici l'exact refus fait montre d'amitié, Et la haute rigueur y tient lieu de pitié; Et comme il tient de vous la lumière et la vie, C'est à vous qu'appartient de régler son enuie.
CONSTANTIN
Sans Tauis du Conseil nous n'en résoudrons rien,
FAVSTE.
Conseillez-vous-en donc auec des gens de bien.