SCENE IV
FAVSTE, CHRISPE, CORNELIE.
FAVSTE.
CHrispe, dont TVniuers fait ses chères délices, Faut-il pour qui vous aime inuenter des supplices? Faut-il quVn si grand Prince et si considéré Oprime des sujets dont il est adoré?
Des Tigres, des Lyons ie craindrois moins la rage, Vous estes plus cruel que TOurs le plus saunage, Ceux de qui la fureur se prend aux Immortels Qui respandent le sang iusques sur les Autels; Le bras des assassins, la bouche des impies. Les traistres, les brigands, les monstres, les harpies. Et tout ce qui du Ciel attire le courroux, A plus de retenue et de bonté que vous.
CHRISPE.
Moy, Madame, et comment?
FAVSTE.
Aussi ie vous déteste Beaucoup plus que la mort, beaucoup plus que la
peste; Fay plus d'horreur de vous que des feux, que des fers, Et de tous les serpens qui rampent aux enfers.
CHRISPE.
Quelle en est la raison, veuillez donc me l'aprendre.
FAVSTE.
Ah! ne me parlez plus, ie ne puis vous entendre, N'auray-je point le bien que Ton me laisse en paix?
CHRISPE.
Puis qu'il vous plaist ainsi. Madame, ie m'en vais. Mais ie ne pense pas vous auoir offensée.
FAVSTE.
Ah! Chrispe, reuenez, ma cholere est passée : Et quelque procédé qui me doiue toucher le ne diray plus rien qui vous puisse fascher.
le vous pardonneray de bon cœur tout ce crime, le vous auray toujours en la plus haute estime, Et ie ne vivray plus que pour vous honorer De toutes les faueurs que Ton peut espérer, Pourueu que par serment vostre ame enfin s'engage.
CHRISPE.
A quoy?
FAVSTE.
C'est ie ne puis en dire dauantage,
Il m'a pris tout à coup des esbloiiissemens; Voila qui vous dira quels sont mes sentimens.
CORNELIE.
Madame,
FAVSTE .
Cornelie, acheuez de luy dire, Cette incommodité veut que ie me retire.