‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 79 sur 89 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

CORNELIE, CHRISPE,

CORNELIE.

Velle peine ô grands Dieux!

CHRISRE.

Dites, ie vous attends Mais ie ne puis ici perdre beaucoup de temps.

Seigneur

CORNELIE.

CHRISPE.

Vid-on iamais vne telle merueille?

le ne sçay si ie dors, ie ne sçay si ie veille : Voy-je des yeux de Famé ou bien de ceux du corps, le n'aperçois ici qu'Enigmes, que transports,

DE CHRISPE. 6i

On exerce sur moy rhumeur la plus mauuaise, On vient m'injurier, puis soudain l'on m'appaisc, Et m'ayant protesté que tout est pour mon bien, On me dit que i'escoute et Ton ne me dit rien.

CORNELIE.

Seigneur, vous sçauez bien les excez de tendresse Qu'a toujours eu pour vous cette grande Princesse; C'est pourquoy vostre esprit se devroit destacher De tous les procédez qui la peuuent fascher : Voila ce qui la trouble et dont elle est touchée.

CHRISPE.

Mais sçachons, Cornelie, en quoy ie l'ay faschce.

CORNELIE.

C'est que possible elle a des desplaisirs secrets, De ce que vous meslant en d'autres interests. Bien loing de retrancher le mal par sa racine, Vous parlez au Conseil en faueur de Licine, Elle n'en veut point voir releuer la maison; De ce nouneau despit c'est toute la raison.

CHRISPE.

Ah ! ce n'est point cela ; cette grande saillie Vient dVn autre motif, dites tout, Cornelie : Cet esprit qui s'emporte en ce desreglement, En matière d'Estat agit plus sagement.

Oiiy, quelqu'autre sujet produit la violence Qu'exprime son discours, et mesme son silence : Vous devriez satisfaire à son commandement, Et me dire la chose vn peu plus clairement.

CORNELIE.

L'ordre que i'ay receu. Seigneur, c'est de vous dire Qu'il ne tiendra qu'à vous de gouuerner l'Empire; Admirant aujourd'huy vos exploits triomphans, Fauste vous considère autant que ses enfans, Auprez de l'Empereur ses soins, et ses suffrages N'agiront désormais que pour vos avantages : Mais pour vous préparer à gouster tant de biens, Il faut que vous quittiez, et Licine, et les siens : Il faut abandonner toute cette famille, Et ne voir iamais plus Constance, ny sa fille.

DE CHRISPE. G3

CHRISPE.

Constance ny sa fille! ô trait injurieux!

le les verray toujours tant que i'auray des yeux.

Comment, elle veut donc que dans cette avanture

le renonce à mon sang, ie manque à la Nature,

Et que pour obeïr aux loix de sa rigueur

le deshonore ainsi mon esprit et mon cœur?

Allez luy rapporter, mais auec diligence,

Qu'elle peut sur ma vie exercer sa vengeance,

Mais non pas m'obliger à viure sans pitié.

Et manquer pour les miens d'honneur et d'amitié;

Comment, afin qu'on m'aime, et qu'on me considère,

le seray l'ennemy de la sœur de mon Père,

I'auray l'esprit si noir, i'auray le cœur si bas?

Ah! i'aime beaucoup mieux que l'on ne m'aime pas.

Qu'vn autre prenne part à cette bien-veillance

Qui conduit à la honte auec tant d'insolence;

Quiconque ose tenter mon courage en ce point

Ne doit pas me cognoistre et ne m'estime point.

Ma résolution ne peut estre changée,

l'ay fait vœu de seruir vne Tante affligée;

La menace de Fauste et de tout son pouuoir

Ne sçauroit diuertir le cours de mon devoir.

Dépeschez, Cornelie, allez, courez luy dire.

Et que l'honneur à Chrispe est plus cher qu'vn Empire.

lO

CORNELIE.

Seigneur, dispensez-moy de faire ce raport, Fâchant l'Impératrice, il peut vous faire tort.

CHRISPE.

Elle m'en fait assez alors qu'elle s'attache A mettre sur ma gloire vne éternelle tâche : Dites-luy, dites-luy, qu'il n'en faut plus parler, Mon cœur est vn rocher qu'on ne peut esbranler.

DE CHRISPE. 65

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