‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 80 sur 89 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

CORNELIE, FAVSTE.

GORNELIE.

E ne porteray point ces mauuaises nouuelles, Son discours m'a laissé dans des transes mortelles, Madame!

FAVSTE.

Cornelie, et bien?

CORNELIE.

C'est temps perdu.

FAVSTE.

î'estois en cet endroit d'où i'ay tout entendu; Qu'il est audacieux, et qu'il est téméraire.

CORNELÎE.

Il s'emporte vn peu trop.

FAVSTE.

le ris de sa cholere, Il faut qu'elle se passe, il faut qu'humilié Il me vienne prier que tout soit oublié. Qu'il vienne par ses pleurs diuertir vne foudre, Et baiser vne main qui le peut mettre en poudre. Il ose s'attacher à ce qui me desplait, L'insolent et l'ingrat, ie l'ay fait ce qu'il est; Si i'ay sceu le seruir, ie sçauray bien luy nuire, l'ay bien sceu l'esleuer, ie puis bien le destruire. N'a-t'il eu iusqu'ici tant de respects pour moy Qu'affin de s'introduire à me donner la loy? Auoir des sentimens à mes désirs contraires, Pour bazarder l'Empire, et troubler les affaires; Pour former vne ligue auec nos Ennemis, Pour nous égaler ceux que nous auons soubmis. Et régler à son gré nos bonnes auantures. Ah! ie lui feray voir qu'il prend mal ses mesures, Jl changera d'estat s'il ne vient s'excuser, Tout est perdu pour lui s'il tarde à m'appaiser.

DE CHRISPE. ^-j

le veux à mes enfans laisser TEstat tranquile, Et dompter hautement ce Lion indocile.

CORNELIE.

Madame, c'est vn joug qu'à peine il recevra.

FAVSTE.

le Fy forceray bien, s'il ne plie il rompra, Il quittera l'Empire, ou changera de flamc.

CORNELIE.

Mais il est fils d'Auguste.

FAVSTE.

Et moy l'en suis la femme, Et nous verrons bien-tost, s'il me veut mettre au pis, Lequel l'emportera de la femme ou du fils.

Fin du troisiesme Acte.

ARGVMENT DV

QVATRIESME ACTE.

jT-«Auste découvre à Constantin le mécontentement ^ qu'elle a de voir Chrispe embarassé d'Amour pour Constance, luy représentant que cette alliance pourroit vn iour causer la perte de sa maison, et se sert de tant d'artifices pour en exprimer les appréhensions et la douleur, que ce Prince se trouue attendri par ses larmes, et se sent forcé de luy donner espérance qu'il retirera sa parole. 2. Chrispe vient remercier Fauste du pardon qu'a receu Licine, et du restablissement de sa maison; mais Fauste luy fait cognoistre impérieusement qu'elle a mis obstacle à ce traict de clémence, et rompu l'ouvrage que ses soins auoient auancé. 3. Constance persuadée que Constantin auoit fait fait grâce à son Père, en vient faire des complimens à Fauste qui la traitte auec tant de mépris et d'orgueil, que cette ieune Princesse piquée au vif de ces paroles, est portée à luy en dire d'autres qui la jettent dans vne extrême fureur. 4. Elle faict acheuer de corrompre vn seruiteur de Chrispe pour luy faire empoisonner sa riuale.

Page 1