‹ ThéâtreChapitre 61 sur 96 · HERODE, SOESME, LE GRAND PREVOST · texte numérisé non relu

HERODE, SOESME, LE GRAND PREVOST

HERODE

EXECRABLE sujet de mon impatience, Qui t'a fait laschement trahir ma confiance. Et porté ton audace au mespris de la mort, Descouurant vn secret qui m'importoit si fort? Responds, tu connois bien l'atteinte qui me blesse.

SOESME.

Hé Sire! ie commis ce crime par foiblesse!

Ce fut par imprudence et par légèreté

Que ie fis cette offense à vostre Maiesté.

Mais le vif repentir, qui dans mon cœur s'imprime,

Deuroit bien effacer Timage de mon crime.

Prince rare en clémence aussi bien qu'en valeur.

Excusez vn deffaut arriué par malheur.

HERODE

Ce n'est donc pas vn trait dVne ame desloyale, Que semer le diuorce en la Maison Royale : Et porter vne femme à perdre son Espoux N'est qu'vne erreur légère indigne de courroux; Oses-tu dire encore vn mot pour ta deffense? Ton excuse perfide aggraue ton offense; Tu ferois mieux pour toy de n'en rien desguiser.

SOESME.

Sire, i'ay trop failly pour vouloir m'excuser; le suis trop criminel, ayant pu vous desplaire, le n'ay point de raisons contre vostre colère : Aussi dans le péril où ie me suis ietté, le n'attens mon salut que de vostre bonté.

HERODE

Ouy , mais par vn moyen qui n'est pas ordinaire, I'ay bien sceu le secret de toute ceste affaire.

Si tu veux excuser cet acte plein d'horreur, Confesse que Famour a causé ton erreur : On sçait de quels apas Mariane est pourueuë, L'esclat de sa beauté te donna dans la veuë, Tu ne peus soustenir ses regards tous puissans, Et voilà le sujet qui te troubla le sens : C'est ainsi que la Reine est cause de ton crime; Mais afin que ma grâce en ta faueur s'exprime, Apprens moy bien au long par ta confession, La naissance et le cours de ceste passion ; Trouuas-tu dans son ame vn peu de résistance? Et quels progrez fis-tu deuant la ioiiissance?

SOESME.

Cet estrange propos m'estonne tellement, Que i'en pers la parole auec le sentiment, Fy voudrois repartir, mais il m'est impossible.

HERODE

Pour vn Amant discret cette atteinte est sensible; Mais reprens tes esprits, et m'en fay le discours.

SOESME.

O Prince! la merueille et l'honneur de nos iours, Peut-on croire qu'vne ame et si noble et si belle Conçoiue des soupçons qui sont indignes d'elle;

Et qu'vn Roy dont l'esprit agit si sagement,

Pour troubler son repos trompe son iugement?

Ce qui m'est imputé rend mon sort pitoyable;

Puis-je m'en accuser, et me rendre croyable?

Soesme à ces desseins peut-il auoir pensé ,

Sans estre deuenu tout à fait insensé?

Et s'il estoit tombé dans ceste maladie;

Qui croira qu'vn esclaue eust l'ame assez hardie,

Pour aimer vne Reine, et pour luy descouurir

Vne témérité qui le feroit mourir?

Mais vne Reine encore, et si chaste et si sage,

Qu'elle sert de miroir à celles de cet Age?

Vous luy faites grand tort de prendre ces soupçons,

Traistre, ie suis lassé d'entendre tes leçons : Crois-tu donc t'excuser en louant ta complice, Et d'vn charme subtil endormir ma justice?

SOESME.

Si ie parle autrement ie parestray menteur.

HERODE

Que l'on aille égorger ce fascheux Orateur.

SOESME.

On respandra du sang qui doit crier vengeance :

HERODE

Depeschez ce perfide auecque diligence ; Et TEunuque est-il là?

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