‹ ThéâtreChapitre 86 sur 96 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

SABINE, NERON, MILICVS.

SABINE

César! ô César! ie pasme, ie frissonne,

Fay que soigneusement on garde ta personne

Vne froide sueur me court par tout le corps.

NERON

Où sont les ennemis, ou dedans, ou dehors?

SABINE

On a fait contre nous vne grande partie.

Dont tout soudainement les Dieux m'ont aduertîe.

Nos plus grands ennemis feront peu de progrès, Si les Dieux de la sorte éuantent leurs secrets.

DE SENEQVE. 59

Mais dy-moy, qu'as-tu sceu? ne me tiens plus en peine.

SABINE

l'estois dans le iardin proche de la fontaine; Et l'agréable cours de ses flots innocens, Auoit par son murmure assoupy tous mes sens : Lors quVn songe diuin m'a soudain réueillée,

NERON

Quoy? d'vn songe fâcheux Sabine est trauaillée?

SABINE

Tu sçauras que ce songe est vne vérité. Comme ie reposois auec tranquilité, le voyois, les yeux clos, tous les objets aymables Qui s'offrent à la veuë en ces lieux agréables : Quand l'image d'Auguste en auançant la main, M'a crié : L'on en veut à l'Empei'eur Romain; Voicy les Conju7~e:{, pren garde à liiy, Sabine, Et sauue de leurs mains mon fils qu'on assassine. Lors, i'ay tourné les yeux, toute pasle d'eflfroy, Et i'ay veu le Dieu Mars animé contre toy Qui, le fer dégaisné, sans ma prompte arriuée, Pour te fendre en deux parts tenoist la main leuée, Mais Bacus et Cerés émeus de mes clameurs , L'vn couronné d'espics, l'autre de raisins meurs,

6o LA MORT

S'estans soudain jettez sur le Dieu de la guerre, Ont fait en fin tomber son coutelas à terre. Ainsi plaine d'vn trouble à nul autre pareil, J'ay desgagé mes sens des liens du sommeil.

Ce songe, absolument sont de vaines menaces ; Sabine, cependant il faudra rendre grâces A celle dont les dons jaunissent les guerets , Ainsi qu'au bon Bacus deceleur de secrets.

SABINE

Escoute donc le reste : ainsi toute interdite,

Fay veu par le Jardin courir Epaphrodite ;

Qui venoit m'auertir de secrets importans

Dont il faut s'éclaircir et sans perdre le temps.

Milicus est icy , qui te fera parestre

Qu'vn grand dessein s'agite en l'esprit de son Maistre,

Sur lequel à toute heure il le void ruminer.

NERON

N'a-t'il de grands desseins que pour m'assassiner?

SABINE

Il n'est pas accusé sans grande conjecture.

NERON

Comment? ce Seuinus qui mes bontez conjure,

DE SENEQVE. 6i

Contre ses Créanciers implorant mon suport, Penseroit-il payer ses debtes par ma mort?

SABINE

Voicy son affranchy qui te pourra tout dire.

parlant à vn garde.

Appelle Seuinus, et que l'on se retire; Toy, garde d'auancer ce qui ne seroit pas; Ce serait iustement auancer ton trespas.

MILICVS.

le ne mentiray point; et toute mon enuie Est d'aider à César à conseruer sa vie.

NERON

Ce dessein mal-heureux est-il fort apparant?

MILICVS.

Fespere t'en donner vn indice bien grand.

NERON

Mais accuser ton Maistre? et sur vn simple indice?

MILICVS.

Ouy, César, pour te rendre vn important seruice;

Pour causer ton salut et celuy de l'Estat.

NERON

C'est possible vn Fantosme au lieu d'vn attentat :

MILICVS.

Non, non, ce ne sont point des choses chimériques;

NERON

Passe donc là dedans afin que tu t'expliques. Ce zèle qu'il tesmoigne auecque tant d'ardeur. Est-ce pour mon salut ou bien pour sa grandeur?

SABINE

César, ie crois que c'est pour tous les deux ensemble; Mais le songe passé fait encor que ie tremble.

NERON

Sabine, cependant voicy le Sénateur;

Pour me donner du temps, entretiens ce fîateur.

DE SENEQVE.

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