‹ ThéâtreChapitre 10 sur 286 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les précédents; DEUX CHASSEURS, LA CANTINIÉRE, UN ENFANT DE SOLDAT, LE MAITRE DÉCOLE, UiNE SERVANTE.

PREMIER CHASSEUR. Voycz ! voycz ! voici une joyeuse compagnie.

LE TROMPETTE. Qu'cst-cc quc CCS habits verts ? Ils sont ■ gentils et de bonne mine.

LE MARÉCHAL DES LOGIS. Ce soiit des chasseufs d'ibolk; ils n'ont pas pris leurs tresses d'argent à la foire de Leipzig.

LA cANTiNiÈRE apporte du vin. Soyez les bienvenus, messieurs !

PREMIER CHASSEUR. Comment ! tonnerre ! c'est Justine de Blaswilz !

LA CAisTiNiÈRE. Justement ! Et ce beau monsieur, c'est le grand Pierre d'Ilzeho, qui, dans une joyeuse nuit à Glûcksladt, a mangé avec le régiment le magot paternel.

PREMIER CHASSEUR. Et qui cusuite a troqué la plume contre la carabine.

LA CANTiNiÈRE. Eh là I nous sommes de vieilles connaissances !

PREMIER CHASSEUR. Et uous uous relrouvous en Bohême.

LA CANTiNiÈRE. Aujourd'hui ici, et demain là, mon cousin. La guerre est rude ; elle nous pousse et nous balaye d'un endroit à l'autre. Pour moi, j'ai vu bien du pays.

PREMIER CHASSEUR. Je le crois ; on se le figure aisément.

LA GANTiNiÈRE. Je suis allée à Temeswar avec les chariots de bagages, quand nous donnions la chasse à Mansfeld. Ensuite j'ai campé avec Friedland devant Slralsund ; là, j'ai perdu tout mon butin, puis je suivis la troupe qui allait au secours de Mantoue. Je rentrai avec Féria, et je fis un crochet jusqu'à Gand avec un régiment espagnol. Maintenant je viens en Bohême ; je veux voir si je pourrai me faire payer mes vieilles dettes, si le prince veut m'aider à recouvrer mon argent; ma boutique est là.

PREMIER CHASSEUR. Eh bien ! elle trouve le moyen de tout combiner. Mais qu'as-tu fait de cet Écossais avec qui lu courais le monde en ce temps-là ?

LA CANTiNiÈRE. Ah! Ic scélérat ! il m'a joliment trompée. Il est parti, emportant tout ce que j'avais épargné

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à la sueur de mon corps, et ne m'a rien laissé que ce petit di'ûle.

l'enfant vient en sautant. Maman, parles-tu de papa ?

PREMIER CHASSEUR. Eh bien ! eh bien ! l'empereur le nourrira. Il faut que l'armôe multiplie.

LE MAITRE D'ÉCOLE. Allous, en classe 1 marche, polisson !

PREMIER CHASSEUR, Il a déjà peur d'être enfermé.

LA SERVANTE. Cousine, ils veulent s'en aller.

LA CANTiNiÈRE. A l'iiistant ; j'y vais.

PREMIER CHASSEUR. Qu'cst-cc que c'est que celle petite miue friponne?

LA CANTiNiiiRE. G'cst la fille de ma sœur, de celle qui est mariée dans l'empire.

PREMIER CHASSEUR. Ma foi ! uuc gentille nièce !

{La cantinièi^e sort.)

SECOND CHASSEUR. (// retient la servante.) Restez avec nous, ma belle enfant.

LA SERVANTE. J'ai du moudeà scrvir. {Elle se dégage et s'en va.)

PREMIER CHASSEUR. Cc u'est pas uu mauvais morceau que cette petite fille. Et la tante !... Mille tonnerres ! 11 y en a dans le régiment qui se sont battus pour ce joli petit masque. Que de gens on connaît! et comme le temps passe ! Que de choses je verrai encore ! {Au7na-^ réchal des logis et au trompette.) A votre santé, messieurs ! Faites-nous donc une petite place.

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