‹ ThéâtreChapitre 127 sur 286 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

de feu qui s'agite, qui tourne violemment et sans cesse. Il m'a fait vivre au bord d'un abîme escarpé oîi j'étais en proie à l'épouvante et au vertige. Non, mon enfant, ne pleure pas. Que mes souffrances ne soient pas pour loi un mauvais pressentiment du sort qui t'est réservé. Il n'y a pas un second Friediand, et toi, mon enfant, lu n'as pas à craindre la destinée de ta mère.

TnÉCLA. Ah! fuyons, ma chère mère, hâtons-nous, hâtons-nous : ce séjour n'est pas fiiit pour nous. Chaque heure qui s'approche semble enfanter un nouvel effroi.

LA DUCHESSE. Tu auras un sort plus paisible. — Et nous aussi, ton père et moi, nous avons vu de beaux jours. Je pense encore avec bonheur aux premières années de notre union : alors il était tout à la fois actif et serein ; son ambition ressemblait à un feu modéré qui réchauffe ; ce n'était pas encore la flamme emportée qui dévore. L'empereur l'aimait, avait confiance en lui, et le consullait dans toutes ses entreprises. Mais depuis ce malheureux jour de Ratisbonne, où il fut précipité de sa haute position, un esprit inégal, insociable, soupçonneux et sombre, s'est empare de lui. Le repos l'a quitté, et cessant de se fier à son ancienne fortune, à ses propres forces, il appliqua son cœur à ces manœuvres obscures qui n'ont jamais rendu heureux ceux qui les emploient.

LA COMTESSE. Vous voycz avcc vos yeux; mais est-ce là le discours qui convient lorsque nous l'attendons? Il sera bientôt ici, vous le savez ; devrait-il vous trouver dans une telle situation?

LA DUCHESSE. Viens, mon enfant, essuie tes larmes, montre à ton père un visage serein. — Regarde, ta chevelure est en désordre; il faut rattacher ces boucles éparses. Viens, sèche tes larmes, elles obscurcissent la douceur de ton regard. Que voulais-je dire? Oui, ce Piccolomini est pourtant un jeune homme distingué el plein de mérite,

LA COMTESSE. Oui, ma sœur.

THÉCLA, à la comtesse, avec anxiété. Ma tante, voulezvous bien m'excuser? {Elle veut sortir.)

LA COMTESSE. Où allez-vous ? Votre père vient.

THÉCLA. Je ne puis le voir maintenant.

LA COMTESSE. Il remarquera votre absence, il vous demandera.

LA DUCHESSE. Pourquoi sortez-vous?

THÉCLA. Il m'est impossible de le voir.

LA COMTESSE, à lu duclicsse. Elle n'est pas bien.

LA DL'CHESSE, inquiète. Que manque-t-il à mon cher enfant? {Toutes deux suivent Thécla et cherchent à la retenir. Wallenstein paraît, crusant avec Illo.)

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