‹ ThéâtreChapitre 129 sur 286 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

et brave Bulller de ma secrète injustice; car un senti menl dont je ne suis pas maître, je ne voudrais pas l'appeler de la crainte, se glisse dans mon esprit à son approche, arrête en moi la libre impulsion île l'amitié ; et dire que ce brave capitaine, contre lequel mes pressentiments me mettent en garde, m'oflVe le premier gage du bonheur!

iLLO. Et son exemple influent séduira, n'en doutez pas, les principaux de l'armée.

WALLENSTKiN. Maintenant, va, et m'envoie à l'instant Isolani. Je lui ai rendu tout récemment, un service; je veux commencer par lui. {Illo sort; pendant ce temps les femmes s'avancent.) Voici ma chère fille avec sa mère. Reposons nous un instant de nos soucis. Venez, j'avais besoin de passer une heure de calme au milieu du cercle chéri des miens.

LA COMTESSE. Il y a lontgemps que nous n'avons été ainsi réunis, mon frère.

WALLENSTEiN, à part, à la comtesse. Peut-elle m'entendre? Est-elle préparée?

LA COMTESSE. Pas eucorc.

"WALLENSTEiiN. Vicus ici, ma fille, assois-toi près de moi. Il y a un charme salutaire sur tes lèvres; ta mère a loué ton talent, tu as une voix tendre et harmonieuse qui enchante l'âme. J'ai besoin maintenant d'une pareille voix pour chasser le méchant esprit qui étend sur ma tète ses ailes noires.

LA DUCHESSE. Oq est tou luth, Théchi? Vicns, donne à ton père u i échantillon de ton talent.

THÉCLA. 0 ma mère ! Dieu !

LA DUCUtssE. Viens, ïhécla, donne cette joie à ton père.

THÉCLA. Ma mère, je ne le puis.

LA COMTESSE. Comment ? qu'est-ce donc ?

THÉCLA, à la comtesse. Ayez pitié de moi. Chanter en ce moment, dans l'angoisse de mon âme oppressée I chanter devant lui, qui précipite ma mère dans le tombeau !

LA DUCHESSE. Quoi ! Thécla, des caprices! Votre bon père vous aura-l-il en vain manifesté un désir?

LA COMTESSE. Voici le luth.

THÉCLA. U mon Dieu ! comment pourrai-je ?... {Elle tient l'instrument d'une main tremblante, son âme lutte violemment, et au moment ou elle va commencer à c/ian' ter, elle éprouve une terreur subite, rejette l'instrument, et sort à la hâte.)

LA DUCHESSE. Mon enfant!... Oh ! elle est malade !

WALLENSTEiN. Qu'a-t-cllc douc ? Bst-clle souvent ainsi?

LA COMTESSE. Puisqu'elle se trahit ainsi elle-même, je ne garderai pas plus longtemps le silence.

WALLENSTEIN. Comment?

LA COMTESSE. Elle l'aime.

WALLENSTEIN. Elle aime ! Qui?

LA COMTESSE. Elle aime Piccolomini. Ne l'avez-vous pas remarqué, et ma soeur non plus ?

LA DUCHESSE. Est-cc douc là ce qui agitait son cœur ? Que Dieu te bénisse, mon enfant I tu n'as pas à rougir de ton choix.

LA COMTESSE. Ce voyage... Si ce n'était pas là votre projet, la faute en est à vous; vous auriez dû choisir un autre guide.

WALLENSTEIN. Le sait-il?

LA COMTESSE. Il espèrc la posséder.

WALLENSTEIN. 11 espèrc lapossédcr! Ce jeune homme est-il fou?

LA COMTESSE. Ehbicn ! qu'elle entende elle-même ces paroles !

WALLENSTEIN. Pense-l-ii donc obtenir la fille de Friedland? En vérité, l'idée me plaît, ses vues ne sont pas humbles.

LA COMTESSE. Vous lui avcz toujours témoigné tant défaveur.

WALLENSTEIN. Et 11 veut devenir mon héritier ! Eh bien ! oui; je l'avoue, je l'aime, je fais cas de lui ; mais qu'est-ce qu'a de commun tout ceci avec la main de ma

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