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ACTE 111, SCÈNE XV

austère on voit briller une mâle intelligence, et je vous ai toujours traités en hommes libres, et je vous ai donné le ^roit d'avoir vous-mêmes votre opinion.

LE sous-OFFiciEa. Oui, mon général; tu nous as toujours traités dignement, tu nous as honorés de ta confiance et favorisés plus que tous les autres régiments. Aussi ne suivons-nous pas la masse des troupes, tu le vois; nous restons près de toi avec confiance. Dis un mot, ce mot nous suffira, dis-nous que tu ne songes à aucune trahison, que tu ne veux pas conduire l'armée à l'ennemi.

WALLENSTEiN. G'cst moi, moi qu'on trahit. L'empereur m'a sacrifié à mes ennemis; il faut que je succombe, si mes braves troupes ne me sauvent pas. Je veux me reposer sur vous, votre cœur sera mon rempart. Voyez, c'est contre ce sein qu'on dirige les coups, c'est contre cette tête blanche. Telle est la reconnaissance des Espagnols pour toutes ces batailles sanglantes livrées dans les plaines de Lulzen ou devant les vieilles forteresses. C'est pour cela que nous avons offert notre poitrine nue aux armes des ennemis, que nous avons dormi sur la pierre et sur le sol couvert de glace. Aucun torrent n'était pour nous trop rapide, aucune forêt impénétrable. Nousavons poursuivi l'infatigable Mansfeld à travers tous les détours tortueux de sa fuite ; notre vie a été une marche sans repos ; semblables aux tourbillons de vent qui ne séjournent nulle part, nous avons traversé le monde agité par la guerre; et maintenant que nous avons accompli ces rudes et ingrats et maudits travaux des armes, maintenant que notre bras fidèle et infatigable a rendu le fardeau de la guerre moins lourd, cet enfant impérial viendrait conclure une paix facile et ravii la branche d'olivier dont nous avions mérité de parer notre tête, pour l'enlacer dans ses blonds cheveux !

LE socs-OFFiGiER. Non, ccla ne sera pas, aussi longtemps que nous pourrons l'empêcher. Personne que

1S6 LA MOr.T DE WALLENSTEIN.

toi ne peut finir celle guerre terrible que tu as conduite avec gloire. Tu nous as guidés dans les champs sanglants de la mort, il faut que ce soit toi, et nul autre, qui nous ramènes gaiement dans les champs de la paix, qui partages avec nous les fruits de nos longs travaux.

WALLENSTEIN. Comment ! pensez-vous pouvoir vous réjouir dans votre vieillesse des fruits que vous aurez recueillis? Non, ne le croyez pas. Vous ne verrez jamais la fin de cette lutte, cette guerre nous dévorera tous. L'Autriche ne veut point de paix, et, parce que je cherche la paix, il faut que je succombe. Qu'importe à l'Autriche, si cette longue guerre épuise l'armée et ravage le monde? Elle ne cherche qu'à s'accroître, à gagner des domaines. Vous êtes émus, — je vois une noble colère briller dans vos regards guerriers. Oh ! que mon souffle ne peut-il vous animer comme autrefois quand je vous menais au combat? Vous voulez m'aider, vous voulez défendre mes dioits avec vos armes; cela est généreux; mais ne pensez pas que votre petite troupe puisse accomplir cette résolution, vous vous sacrifieriez en vain pour votre général. [D'un ton de confiance.) Non, laissez-moi, pour garantir notre sûreté, chercher des auxiliaires; les Suédois nous offrent leur secours, laissez-moi me servir d'eux en apparence, jusqu'à ce que, redoutables aux deux partis, tenant entre nos mains le destin de l'Europe, nous oflrions du milieu de notre camp la douce paix à ce monde réjoui.

LE SOUS-OFFICIER. Ainsi tu ne traites avec les Suédois qu'en apparence, tu ne veux pas trahir l'empereur, tu ne veux pas faire de nous des Suédois; eh bien! voilà tout ce que nous désirions savoir de toi.

■tVALLENSTEiN. Eh ! quc m 'importe le Suédois? Je le hais comme le fond de l'enfer, et, avec l'aide de Dieu, j'espère le chasser bientôt sur l'autre rive de la mer Baltique. Voyez, mon cœur est touché de coni»assion en écoutant les plaintes du peunle alle"^ Vous

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