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ACTE IV, SCÈNE II

richement doué!... Oh ! qu'est-ce que la grandeur humaine? Je me disais souvent: Cela ne finira pas bien; sa grandeur, sa puissance et cette violence sombre et incertaine l'ont entraîné dans le piège. Ciir l'homme tend toujours à étendre son pouvoir, et l'on ne peut se fier à sa propre modération. Il n'est retenu dans de justes limites que par une loi positive et par l'ornière profonde de l'habitude. Mais le pouvoir guerrier était entre les mains de cet homme un pouvoir tout nouveau et contre nature ; il le faisait l'égal de l'empereur même, et cet esprit orgueilleux avait désappris la soumission. C'est dommage qu'un tel homme en soit venu... Nul autre, je pense, ne pourrait se soutenir dans la position où il succombe.

BUTTLER. Épargnez vos plaintes jusqu'à ce qu'il mérite la pitié, car maintenant il est encore puissant et redoutable. Les Suédois marchent sur Égra, cl bientôt, si nous n'y mettons promptemenl obstacle, la jonction sera faite. Cela ne doit pas être, le prince ne doit pas mettre le pied hors de cette forteresse ; ma vie et mon honneur y sont engagés. J'ai promis de le faire prisonnier, et je compte sur votre assistance.

GORDON. Oh 1 je voudrais n'avoir jamais vu ce jour! C'est de sa main que j'ai reçu mon emploi; lui-même m'a confié la garde de ce château dont il faut que je fasse sa prison. Nous autres subalternes, nous n'avons aucune volonté; l'homme libre, l'homme puissant, est le seul qui puisse obéir aux nobles sentiments de l'humanité. Nous autres, nous ne sommes que les archers de la loi et de ses rigueurs ; l'obéissance est notre vertu, c'est par là que l'inférieur peut s'élever.

BLTTLER. Ne VOUS affligez pas des restrictions mises à votre pouvoir. Beaucoup de liberté conduit à beaucoup d'erreurs, mais l'élroit sentier du devoir est sûr.

GORDON. Et tout ce monde, dites-vous, l'a abandonné? Il a fait la fortune de plusieurs milliers d'hommes; son caractère était d'une générosité royale, et sa main était

toujours ouverte pour donner. {Il jette un regard de côté sur Buttlcr.) Il en a tiré plus d'un de la poussière pour l'élever aux honneurs et aux digiiilés, et il ne lui reste pas un ami; il n'a pu en acquérir un seul qui lui restât lidéle dans l'adversité.

BUTTLEii. Il en trouve un ici sur lequel il comptait à peine.

GORDON. Il ne m'a accordé aucune faveur. Je doute môme si jamais, dans les jours de son élévation, il s'est souvenu d'un ami de sa jeunesse ; car mon service me tenait éloigné de lui ; les murs de celle forteresse me dérobaient à ses yeux, et, dans cet obscur asile où sa faveur ne venait pas me chercher, je me suis conservé en silence un cœur sincère ; car, lorsqu'il m'a placé dans ce château, il était encore attaché à son devoir, et je ne trompe pas sa confiance en gardant fidèlement le poste qu'il remit à ma fidélilé.

BUTTLER. Répondez : voulez-vous exécuter la sentence portée contre lui et me prêter votre appui pour l'arrêter?

GORDON. Après un moment de silence et de réflexion^ avec douleur Si les choses sont telles que vous le dites, s'il a trahi l'empereur son maître, vendu l'armée, s'il a voulu ouvrir les forteresses aux enm mis du royaume... alors il n'y a point de salut pour lui. Mais ce qui m'afflige, c'est de me voir choisi entre tous pour être l'instrument de sa ruine. Nous avons été pages dans le môme temps à la cour de Burgau, moi j'étais le plus âgé.

BDTTLER. Je sais cela.

GORDON. Il y a de cela trente ans. Un esprit audacieux s'agitait déjà dans ce jeune homme de trente ans ; son caractère était plus sérieux que ne le comportait son âge, ei sa pensée ne se dirigeait que vers de mâles et grandes choses. Il passait silencieux au milieu de nous, n'ayant de société que lui-môme; les jeux de l'enfance étaient pour lui sans attraits; mais souvent quelque

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