‹ ThéâtreChapitre 17 sur 286 · SCÈNE VIIl · texte numérisé non relu

SCÈNE VIIl

du paradis une comète à la niaîri, comme une vtige menaçante. Le monde entier est une maison de consternation; l'arche de l'Église nage dans le sang, et l'empire romain, dont Dieu ait pitié! devrait s'appeler le pauvre romain. Le fleuve du Rhin est un fleuve de peines ; les couvents sont de mauvais lieux, les évôcbés soni anéantis, les abbayes et les biens du clergé sont changés en repaires de voleurs, et les terres allemandes, pleines de bonheur, sont devenues un séjour de misère, — Pourquoi cela? Je ne veux pas vous le taire; cela vient de vos péchés et de vos crimes, de la vie de païens et des scandales de l'officier et du soldat; car le péché est la pierre d'aimant qui attire le fer dans ce pays. Le malheur suit le mal comme les pleurs suivent l'oignon; le P vient après VO, c'est l'ordre de l'alphabet. Ubi erit victoriœ spes, si offenditur Deus? Comment gagner la victoire, si l'on ne veut plus croire aux sermons et à la messe, si l'on ne fréquente que le cabaret? La femme de l'Évangile retrouve le denier qu'elle avait perdu; Saùl retrouve les ânesses de son père ; Joseph retrouve ses frères ; mais celui qui chercherait parmi les soldats la crainte de Dieu, la discipline, la pudeur, ne les trouverait pas, quand même il allumerait cent lanternes. Nous lisons dans l'Évangile que les soldats accouraient aussi près du prédicateur du désert, faisaient pénitence, recevaient le baptême, et lui demandaient : Quid faciemus nos? que ferons-nous pour aller dans le giron d'Abraham? Et • ait illis, et il leur dit : Neminem concutiatis, vous ne tourmenterez et vous ne déchirerez personne; neque cahimtiiam faciafis; vous ne calomnierez personne et vous ne mentirez pas. Contenti estote, soyez satisfaits; stipendiis vestris, de votre solde, et maudite soit toute méchante habitude! Le commandement dit : Dieu en vain tu ne jureras. Et dans quel lieu entend-on plus .de blasphèmes que dans le camp de Friedland? Si à chaque tonnerre et à chaque éclair que lance la pointe

de votre langue il fallait sonner les cloches du pays, on ne trouverait bientôt plus de sacristains; et si à chaque mauvaise prière qui sort de voire bouche impure, un seul cheveu tombait de votre ièl^, elle serait chauve avant la nuit, eussiez-vous une crinière plus épaisse que celle d'Absalon. Josué était aussi un soldat; le roi David a tué Goliath, et oii pourrait-on dire qu'ils étaient comme vous des gueules de malédictions? 11 ne faut pas, je pense, ouvrir davantage la bouche pour dire : Dieu me soit en aide ! que pour proférer un sacrelot. Mais quand le vase est trop plein, la liqueur qu'il renferme déborde et coule de toutes parts. Un autre commandement dit : Bien d'autrui ne déroberas. Oh ! vous suivez comme il faut ce précepte, car vous emportez ouvertement tout ce qui tombe sous vos pattes et sous vos grilfes de vautour. Rien n'est à l'abri de votre rapacité et de vos méchantes ruses. L'argent n'est pas en sûreté dans le bahut, ni le veau dans le ventre de la vache, et quand vous prenez l'œuf, vous prenez aussi la poule. Que disait le prédicateur? Contenti estote, contentez-vous de votre ration. Mais comment les serviteurs se conduiraient-ils sagement, quand le mal vient d'en haut? Tel chef, tels membres. Personne ne sait ici quelle est sa croyance.

PREMIER CHASSEUR. Eh ! monsicur le curé, vous pouvez bien nous gourmander, nous autres soldats; mais n'insultez pas notre général.

LE CAPUCIN. Ne Cîtsto'lim gregem meum. C'est un Achab et un Jéroboam qui détourne les peuples de la vraie foi pour les conduire vers les idoles.

LE TROMPETTE et LA REGRUE. Ne ditcs pas Cela une se» conde fois.

LE CAPUCIN. C'est un matamore et un mangeur d'acier qui veut s'emparer de toutes les foiteresses. 11 se vantait, avec sa bouche impie, de prendre la ville de Stralsund, fût-elle attachée avec des chaînes au ciel.

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