‹ ThéâtreChapitre 186 sur 286 · ACTE V, SCENE II. ÎÎ · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II. ÎÎ

DEVERorx. Sa lettre le dit ainsi.

MACDo>ALD. Oui, mort OU vif.

BUTTLER. Et une large récompense en terre et en argent est réservée à celui qui accomplira cet ordre.

DEVEROUX. Cela sonne bien. Les paroles qui viennent de là sont toujours superbes. Oui, oui, nous le savons déjà; quelques chaînes d'or, un méchant cheval, un parchemin ou quelque chose de la môme nature... Le prince paye mieux.

MACDONALD. Oui, il est splendide.

BUTTLER. C'en est fait de lui; l'étoile de son bonheur est tombée.

MACDONALD. Est-CC SÙr?

BUTTLER. Je vous le dis.

DEVDROUX. Son bonheur serait-il passé?

BUTTLER. Passé à jamais. Il est aussi pauvre que nous.

MACDONALD. Aussi pauvrc que nous ?

DEVEROUX. Alors, Macdonald, il faut le quitter.

BUTTLER. Vingt mille hommes l'ont déjà quitté. Il faut faire quelque chose de plus, mon ami; un coup net et prompt. Il faut le tuer. {Tous deux reculent.)

TOUS DEUX. Le tuer?

BUTTLER. Le tuer, vous dis-je, et je vous ai choisis pour cela.

TOUS DEUX. Nous?

BUTTLER. Vous, VOUS, Capitaine Deveroux et Macdonald.

DEVEROUX, après un moment de silence. Choisissez-en . un autre.

MACDONALD. Oui, cnoisisscz-cn un autre.

BUTTLER, à Deveroux. Cela t'effraye, pauvre hommv que tu es ! Quoi 1 tu as déjà plus de trente meurtres sur la conscience !

DEVEROUX. Mettre la main sur mon général 1 Pensezy donc.

MACDONALD. Celui à qui nous avons prêté serment !

■ BUTTLER. Le serment est nul, puisqu'il manque à sa foi.

DEVEiiorx. Écoutez, général, cela me paraît pourtant trop affreux.

MACDo:>ALD. Oui, c'est vrai. On a aussi une conscience,

DEVEROix. Si ce n'était pas le chef qui nous a commandés si longtemps et qui nous imposait le respect !..•

BDTTLER. Est-cc là la difficulté?

DEVEROL'x. Écoutez, pouF cclui-là c'est inutile ; si le service de l'empereur l'exigeait, je pourrais plonger mon épée dans les entrailles de mon propre fils... Mais, voyez, nous sommes soldats, et assassiner le général, c'est un péché, un crime dont pas un moine ne peut "VOUS absoudre.

BiTTLER. Je suis ton pape et je t'absous. Décidez-vous de suite.

DEVEROUX, d'un ton sérieux. Cela ne se peut.

MACDONALD. Nou, ccla nesepcut.

BUTTLER. Eh bien ! soit; envoyez-moi Pestalulz.

DEVEROL'X, surpris. Pestalulz!... Oh !

MACDONALD, Que lui voulcz-vous ?

BLTTLER. Puisque vous me refusez, j'en trouverai assez d'autres.

DEVEROIX. Non, non ; s'il doit périr, nous pouvons tout aussi bien que d'autres gagner la récompense promise. Qu'en penses-tu, camarade jMacdonald ?

jiACDONALD. Oui, s'il doit périr, s'il ne peut en être autrement, je ne veux pas laisser ce profit à Pestalutz.

DEVEROL'X, après un moment de réflexion. Quand doitil périr?

BUTTLER. Celte nuit, car demain les Suédois seront aux portes de la ville.

DEVEROUX. Réponds-lu des suites, général?

BLTTLER. Je répouds de tout.

DEVEROUX. Est-ce la volonté de l'empereur? sa franche et expresse volonté? On aime quelquefois le meurtre, et l'on punit le meurtrier.

BUTTLER. L'ordre dit : « Vivant ou mort. » On ne peut le livrer vivant, \ous le voyez vous-mêmes.

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