ACTE V, SCÈNE II, 2S
DEVEROux. Eh bien ! mort, mort donc. Mais comment arriverons- nous jusqu'à lui? la ville est pleine de soldats de Terzky.
MACDONALD. Et cnsuilc restent Illo et Terzky.
BL'TTLER. On Commencera par eux, cela s'entend.
DEVEROUX. Quoi ! doivent-ils aussi périr?
BUTTLER. Les premiers.
MACDONALD. Écoutc, Devcroux : ce sera une nuit sanglante.
DEVEROUX. Avez-vous déjà un homme pour ceux-là ? Confiez-les-moi.
BL'TTLER. Le major Géraldin s'en est chargé. Aujourd'hui il y aura un grand repas au château, on les surprendra à table, on les égorgera. Pesialulz et Lesleyy seront.
DEVEROUX. Écoutez, général, cela vous est indifférent, laissez-moi changer de rôle avec Géraldin.
BUTTLER. Il y a moins de danger avec le duc.
DEVEROUX. Du danger ! Diable ! quelle idée avez-vous donc de moi? C'est le regard du duc, et non pas son épée, que je crains.
BUTTLER. Quel mal peut te faire son regard ?
DEVEROUX. De par tous les diables ! vous savez que je ne suis pas un lâche. Mais voyez, il n'y a pas huit jours que le duc m'a fait remettre vingt pièces d'or pour acheter cet habit d'hiver que je porte, et quand il me verra avancer avec ma pique, s'il jette les yei/x sur ce vêtement, eh bien!... eh bien!... que le diable m'emporte ! je ne suis pas un lâche.
BUTTLER. Le duc l'a donné ce vêtement d'hiver, et pour cela tu hésites, pauvre diable, à lui passer l'épée à travers le coros ? L'empereur lui avait donné un vêtement bien meilleur, le manteau de prince, et comment l'en a-t-il remercié? Par la révolte 3t la trahison.
DEVEROUX. Cela est vrai, au diable la reconnaissance! 'Je le tuerai.
t3i LA MORT DE WALLE^NSTEIN.
BUTTLER. Et si tu vcux apaiser ta conscience, tu n'as qu'à retirer cet habit, et alors tu agiras librement el avec courage.
MACDONALD, Oui, mais il faut penser encore à une chose.
BUTTLER. A quoi donc, Macdonald?
MACDONALD. Quc scrvent les armes contre lui? Il est garanti de toute blessure par enchantement.
BUTTLER, avec colère. Comment! il est?...
MACDONALD. Oui, à l'épreuvc de la balle et du glaive. Il est ensorcelé et protégé par un art diabolique. Son corps, je vous le dis, est invulnérable.
DEVEROUX. Oui, oui, il y avait aussi à Ingolstadt un tel homme; sa peau était dure comme l'acier, si bien qu il fallut l'assommer à coups de crosse de fusil.
MACDONALD. Écoutcz cc quc jc VCUX faire.
DEVEROUX. Parle.
MACDONALD. Je conuais ici dans le couvent un frère dominicain qui est de notre pays; il trempera notre épée et notre pique dans l'eau bénite, il prononcera làdessus des paroles puissantes, et cela l'emporte sur les enchantements.
BUTTLER. C'est bien, Macdonald. Maintenant, allez. Choisissez dans votre régiment vingt, trente bons gaillards, faites-leur prêter serment à l'empereur. Quand onze heures seront sonnées, quand les premières patrouilles auront passé, conduisez-les en silence à la maison, je ne serai moi-môme pas loin de là.
DEVEROUX. Comment pourrons-nous traverser les archers el les sentinelles qui sont de garde dans la cour intérieure ?
BUTTLER. J'ai examiné l'état des lieux, je vous conduirai par une porte de derrière qui n'est gardée que par un seul homme. Mon rang et mes fonctions me permettent d'entrer à toute heure chez le duc ; je vous précéderai, et, frappant d'un coup de poignard l'archer, je vous ouvrirai la route.