J62 DE L'EMPLOI DU CHOEUR
par les interventions les premiers élans, motive la circonspection de leurs actes et la dignité de lem's discours. Parlant ainsi et agissant parmi des gens qui les observent, ils sont en quelque sorte placés déjà sur un théitre naturel, ce qui les rendra ensuite d'autant pJus aptes à parler à un public sur le théâtre que l'art leur aura construit.
Telles sont les raisons qui m'ont amené à rétablir le chœur antique sur la scène tragique. Je sais bien qu'on a déjà mainte fois essayé d'introduire les chœurs dans la tragédie moderne. Mais le chœur de la tragédie grecque, tel que je l'ai employé ici, le chœur entant que pei-sonnage idéal parlant et accompagnant l'action ; ce chœur-là est entièrement, essentiellement distinct de ces chœurs d'opéra qu'on pourrait me citer, et lorsqu'à propos de tragédie antique j'entends parler de chœurs et non du chœur, je me prends volontiers à soupçonner qu'on ne se doute point de ce dont on parle. Je ne sacne pas que depuis la dispaiition de la tragédie grecque, le chœur, dans son acception antique, ait été jamais encore rais à la scène.
Je me suis à la vérité permis de scinder le chœur en deux parties et de le mettre en contestation avec lui-môme, mais c'est seulement dans les scènes où il agit à l'état de personnage réel, de multitude. En tant que chœur et personnage idéal, il reste toujours un et d'accord avec lui-même. J'ai aussi changé le lieu de l'action et fait sortir le chœur, mais c'était là une liberté dont avaient usé avant moi Eschyle, le créateur de la tragédie, et Sophocle, le plus grand maître qu'il y ait dans cet art.
Une autre liberté que je me suis permise, et qu'il me sera peut-être moins facile de justifier, c'est d'avoir évoqué pêlemêle la religion chrétienne, le paganisme grec et les croyances maures. Mais n'oublions pas que l'action se passe à Messine , où ces trois religions , moitié par leur vie propre et simultanée, moitié par leurs monuments ont continué de parler aux sens. D'ailleurs je regarde comme un droit acquis à la poésie de traiter les différentes religions comme un tout collectif dans lequel trouve sa place tout ca
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qui porte un caractère particulier, tout ce qui exprime une manière de voir individuelle. Sous l'enveloppe universelle des religions, il y a la religion même, l'idée de Dieu, qu'il doit être permis au poète d'exprimer dans la forme qu'il juge la plus convenable et la meilleure.